Perturbateurs endocriniens, cancérogènes avérés, contaminants de l'eau potable de millions de Français : les PFAS — substances per- et polyfluoroalkylées — accumulent les qualificatifs alarmants. Surnommées « polluants éternels » en raison de leur persistance quasi illimitée dans l'environnement, ces molécules font l'objet depuis 2025 d'une législation française pionnière. Cet article fait le point sur leurs sources, leurs effets sanitaires documentés et le cadre réglementaire en vigueur.
Pour une présentation chimique détaillée de la famille des PFAS, consultez également notre fiche encyclopédique sur les PFAS.
Rappel : qu'est-ce qu'un PFAS ?
Les PFAS constituent une famille de plusieurs milliers de composés chimiques synthétiques (entre 4 000 et 12 000 selon les classifications) caractérisés par au moins une liaison carbone-fluor pleinement fluorée. Cette liaison est l'une des plus stables de la chimie organique (environ 485 kJ/mol), ce qui confère aux PFAS une résistance exceptionnelle à la dégradation thermique, chimique et biologique.
Fabriquées depuis les années 1950, ces substances possèdent des propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes aux fortes chaleurs qui les ont rendues omniprésentes dans l'industrie et les produits de consommation courante.
Sources de contamination
Produits de consommation
Les PFAS sont présents dans un nombre considérable d'objets du quotidien :
- Revêtements antiadhésifs : poêles et ustensiles de cuisine (Téflon et équivalents)
- Textiles imperméabilisés : vêtements de pluie, chaussures de randonnée, moquettes traitées
- Emballages alimentaires : papiers et cartons traités pour résister aux graisses
- Cosmétiques : fonds de teint, mascaras, crèmes solaires contenant des agents filmogènes fluorés
- Mousses anti-incendie (AFFF) : largement utilisées dans les aéroports, les dépôts pétroliers et les casernes de pompiers
Contamination environnementale
Les PFAS atteignent l'environnement par plusieurs voies : rejets industriels directs, eaux usées des stations d'épuration (qui ne filtrent pas ces molécules), ruissellement des sites d'entraînement incendie et épandage de boues d'épuration contaminées sur les terres agricoles. Une fois dans le sol et les nappes phréatiques, les PFAS migrent sur de longues distances et contaminent les ressources en eau potable.
En France, les sites les plus touchés se trouvent à proximité de zones industrielles historiques, notamment la « vallée de la chimie » au sud de Lyon, où plusieurs usines ont rejeté des PFAS pendant des décennies.
Contamination alimentaire
Les PFAS se concentrent dans la chaîne alimentaire par bioaccumulation. Les poissons d'eau douce, les œufs de poules élevées en plein air à proximité de sites contaminés, les abats et certains produits laitiers présentent des teneurs parfois très supérieures aux seuils recommandés par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).
Effets sur la santé humaine
Ce que la science a établi
Les études épidémiologiques et toxicologiques menées sur les PFAS les plus étudiés (PFOA, PFOS, PFHxS, GenX) convergent vers plusieurs effets documentés :
Perturbation endocrinienne — Les PFAS interfèrent avec le fonctionnement de la thyroïde, un organe clé de la régulation hormonale. Des associations significatives ont été observées entre l'exposition aux PFAS et les maladies thyroïdiennes, notamment l'hypothyroïdie.
Cancérogénicité — En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), rattaché à l'OMS, a classé le PFOA comme cancérogène avéré (groupe 1) pour l'être humain, avec des preuves suffisantes pour le cancer du rein. Le PFOS a été classé comme cancérogène possible (groupe 2B). Des associations avec le cancer des testicules ont également été rapportées.
Système immunitaire — L'EFSA considère que l'impact sur le système immunitaire est l'un des effets les plus critiques des PFAS. Une exposition chronique réduit la réponse vaccinale, particulièrement chez l'enfant, et augmente la susceptibilité aux infections.
Métabolisme lipidique — L'exposition aux PFAS est associée à des taux élevés de cholestérol sanguin et à des lésions hépatiques. Les études sur les populations riveraines de sites contaminés (notamment à Parkersburg, aux États-Unis) ont mis en évidence une relation dose-réponse.
Reproduction et développement — Plusieurs PFAS sont associés à un faible poids de naissance, à une diminution de la fertilité et à des troubles du développement neurologique chez l'enfant.
L'exposition de la population
Des études menées en Europe montrent que la quasi-totalité de la population est exposée à un ou plusieurs PFAS, à des niveaux variables. Les voies d'exposition principales sont l'ingestion (eau potable, alimentation) et, dans une moindre mesure, l'inhalation de poussières domestiques contaminées.
En France, l'étude ESTEBAN de Santé publique France a confirmé la présence de PFAS dans le sang de la majorité des adultes testés, avec des concentrations en PFOS et en PFOA en lente diminution depuis leur restriction partielle, mais des PFAS de substitution (chaînes courtes) en augmentation.
Contamination de l'eau potable en France
L'eau destinée à la consommation humaine constitue l'une des principales voies d'exposition aux PFAS. En 2024, une étude menée par Générations Futures et PAN Europe a révélé que 79 % des échantillons d'eau superficielle et souterraine analysés dans dix pays européens contenaient de l'acide trifluoroacétique (TFA), un produit de dégradation des PFAS.
Depuis janvier 2026, la limite de qualité pour la somme de 20 PFAS dans l'eau potable est fixée à 0,1 microgramme par litre en France, conformément à la directive européenne sur l'eau potable. Un décret de décembre 2025 a ajouté deux substances supplémentaires (le TFA et le 6:2 FTSA) qui seront recherchées à partir de janvier 2027.
La loi française du 27 février 2025
La France est devenue le premier pays européen à adopter une législation spécifique sur les PFAS avec la loi du 27 février 2025, dite « loi Thierry ».
Interdictions en vigueur depuis le 1er janvier 2026
Depuis cette date, les PFAS sont interdits dans :
- Les cosmétiques
- Les farts pour les skis
- Les vêtements et chaussures (hors équipements de protection des militaires et des pompiers)
Des seuils de concentration résiduelle ont été définis par le décret n° 2025-1376. Un délai de douze mois pour l'écoulement des stocks fabriqués avant le 1er janvier 2026 a été accordé.
Extensions prévues
Au 1er janvier 2030, l'interdiction sera étendue à tous les textiles d'ameublement contenant des PFAS, sauf exceptions pour les textiles techniques à usage industriel.
Au niveau européen, l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) instruit une proposition de restriction globale des PFAS portée par cinq pays (Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Suède, Norvège). Les emballages alimentaires contenant des PFAS seront interdits dans l'Union européenne à partir d'août 2026.
Redevance pollueur-payeur
La loi instaure une redevance de 100 euros par tranche de 100 grammes de PFAS rejetés dans l'environnement. Si le montant unitaire reste modeste, cette mesure marque un changement de paradigme : pour la première fois, les industriels sont financièrement responsabilisés pour leurs rejets de PFAS.
En attendant l'élimination progressive des PFAS de la chaîne industrielle, plusieurs précautions permettent de limiter l'exposition individuelle :
- Privilégier les ustensiles de cuisine en inox, en fonte ou en céramique naturelle
- Éviter les emballages alimentaires traités (papiers « anti-graisse »)
- Filtrer l'eau potable avec un système à charbon actif ou à osmose inverse (les carafes filtrantes classiques sont insuffisantes)
- Vérifier les analyses d'eau de sa commune, disponibles auprès de l'ARS
- Limiter la consommation de poissons d'eau douce en provenance de zones contaminées identifiées
Sources
- ANSES — Les PFAS dans l'alimentation
- Loi n° 2025-195 du 27 février 2025 — Lutte contre les PFAS
- Ministère de la Transition écologique — PFAS et surveillance des eaux
Conclusion
Les PFAS incarnent un paradoxe de la chimie industrielle : des propriétés remarquables qui ont rendu ces substances omniprésentes, mais une persistance environnementale et une toxicité qui en font un problème sanitaire de premier ordre. La loi française de 2025 constitue une avancée significative, mais le chemin vers l'élimination complète de ces micropolluants reste long. La contamination accumulée depuis sept décennies ne disparaîtra pas par décret — elle exigera des décennies de dépollution, de surveillance et de recherche.




Comment réduire son exposition