PFAS, les polluants éternels : définition et enjeux sanitaires

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Plus de 10 000 substances, présentes dans l'eau potable de millions de Français, et dont la durée de vie dans l'environnement se mesure en milliers d'années. Les PFAS — substances per- et polyfluoroalkylées — sont surnommées « polluants éternels » pour une raison simple : leur liaison carbone-fluor est l'une des plus stables de la chimie organique. Elles ne se dégradent pratiquement jamais.

Qu'est-ce qu'un PFAS

Définition chimique

Les PFAS (Per- and PolyFluoroAlkyl Substances) sont une famille de composés chimiques synthétiques caractérisés par au moins une liaison carbone-fluor pleinement fluorée (-CF2- ou -CF3). Cette liaison est exceptionnellement forte (environ 485 kJ/mol), ce qui confère aux PFAS une stabilité thermique, chimique et biologique remarquable — et une persistance environnementale quasi illimitée.

Combien de PFAS existe-t-il ?

L'OCDE recense plus de 10 000 substances dans la famille des PFAS. Les plus étudiées sont :

SubstanceAcronymeChaîne carbonéeUtilisation historique principale
Acide perfluorooctanoïquePFOAC8 (longue)Téflon (revêtements antiadhésifs)
Acide perfluorooctanesulfoniquePFOSC8 (longue)Mousse anti-incendie (AFFF), traitement textile
Acide perfluorohexanesulfoniquePFHxSC6 (courte)Substitut du PFOS, traitement textile
GenX (HFPO-DA)GenXC6 (courte)Substitut du PFOA dans la fabrication de polymères fluorés

Les PFAS à chaîne longue (8 carbones et plus) sont les plus bioaccumulables. Les PFAS à chaîne courte, développés comme substituts « plus sûrs », se révèlent également persistants et mobiles dans l'environnement.

Propriétés et usages

Les PFAS sont hydrophobes (repoussent l'eau) et lipophobes (repoussent les graisses) — une combinaison rare qui les rend extrêmement utiles dans l'industrie :

SecteurUtilisationExemples
CuisineRevêtements antiadhésifsPoêles Téflon, moules à gâteaux
TextileImperméabilisation, anti-tachesGore-Tex, Scotchgard, vêtements outdoor
Emballage alimentaireRésistance aux graissesBoîtes pizza, emballages fast-food, papier sulfurisé
IndustrieMousse anti-incendie (AFFF)Bases militaires, aéroports, sites industriels
ÉlectroniqueIsolants, semi-conducteursCâbles, circuits imprimés
CosmétiqueAgents de lissage, résistance à l'eauFond de teint, mascara waterproof
MédicalProthèses, cathétersImplants cardiovasculaires, fils de suture

Sources de contamination

Contamination des eaux

L'eau est le principal vecteur de diffusion des PFAS dans l'environnement. Les sources identifiées :

  • Rejets industriels : usines de fabrication de polymères fluorés (sites historiques : Arkema à Pierre-Bénite, 3M à Zwijndrecht en Belgique)
  • Mousses anti-incendie (AFFF) : les bases militaires, les aéroports et les sites industriels ayant utilisé des mousses fluorées présentent des contaminations massives des sols et des nappes phréatiques
  • Stations d'épuration : les STEP conventionnelles ne dégradent pas les PFAS — elles les concentrent dans les boues d'épuration, qui sont ensuite épandues sur les terres agricoles
  • Décharges : les lixiviats de décharges contenant des déchets ménagers libèrent des PFAS dans les eaux souterraines

Contamination des sols

L'épandage de boues de stations d'épuration sur les terres agricoles est une voie majeure de contamination des sols. En France, environ 70 % des boues d'épuration sont valorisées en agriculture (ADEME — Bilan épandage 2023). Les PFAS présents dans les boues contaminent les sols, puis les cultures, puis la chaîne alimentaire.

Contamination alimentaire

Les PFAS entrent dans la chaîne alimentaire par plusieurs voies : eau d'irrigation contaminée, absorption par les cultures depuis des sols pollués, migration depuis les emballages alimentaires. Les aliments les plus contaminés, selon l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) :

  • Poissons et fruits de mer (bioaccumulation aquatique)
  • Œufs (élevages proches de sites contaminés)
  • Fruits et légumes irrigués avec de l'eau contaminée
  • Lait et produits laitiers (pâturages sur sols contaminés)

Risques sanitaires

Effets documentés sur la santé

L'EFSA a publié en 2020 un avis scientifique abaissant drastiquement la dose hebdomadaire tolérable (DHT) pour la somme de quatre PFAS (PFOS, PFOA, PFHxS, PFNA) à 4,4 ng/kg de poids corporel par semaine — un seuil très bas qui suggère un risque même à de faibles concentrations.

Les effets sanitaires documentés par la littérature scientifique (méta-analyses et études de cohorte) :

EffetNiveau de preuveSources principales
Perturbation endocrinienneFortAltération des hormones thyroïdiennes, réduction de la fertilité
Effets sur le système immunitaireFortRéduction de la réponse vaccinale (enfants), immunosuppression
CancersModéré à fortCancer du rein (PFOA), cancer testiculaire (PFOS) — CIRC, groupe 1 pour PFOA (2023)
Effets hépatiquesFortAugmentation du cholestérol, stéatose hépatique
Effets sur le développementModéréRéduction du poids de naissance, retard de développement

Le classement du CIRC (2023)

En décembre 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC) a classé le PFOA en groupe 1 (cancérogène avéré pour l'Homme) et le PFOS en groupe 2B (possiblement cancérogène). Ce classement marque un tournant dans la reconnaissance des risques sanitaires des PFAS.

État de la contamination en France

L'eau potable

Une enquête de l'ANSES (2023) a révélé que des PFAS sont détectés dans les eaux brutes de plus de 30 % des captages d'eau potable testés en France métropolitaine. Les concentrations les plus élevées sont observées dans la vallée du Rhône (en aval du site industriel de Pierre-Bénite, Arkema), en Île-de-France et dans le Nord.

Les hotspots industriels

Le site Arkema de Pierre-Bénite (Rhône) est le cas le plus documenté. Des analyses de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes ont révélé des concentrations de PFAS dans les eaux souterraines et les sols dépassant de plusieurs ordres de grandeur les seuils de potabilité. L'usine a cessé l'utilisation du PFOA en 2008 et du 6:2 FTS en 2023, mais la contamination historique persiste.

Les sols agricoles

L'ADEME estimait en 2025 que 76 % des sols français présentent des traces détectables de PFAS. Cette contamination diffuse provient principalement de l'épandage de boues d'épuration et des retombées atmosphériques.

Le cadre réglementaire

En France

La loi n° 2025-195 du 27 février 2025 relative aux PFAS introduit plusieurs mesures :

  • Interdiction de la fabrication, importation et vente de produits contenant des PFAS ajoutés intentionnellement dans certains usages (cosmétiques, textiles d'habillement, fart de ski) à compter du 1er janvier 2026
  • Obligation de surveillance des rejets de PFAS pour les installations industrielles
  • Valeurs limites dans l'eau potable : 100 ng/L pour la somme de 20 PFAS (transposition de la directive eau potable révisée)

En Europe

TexteContenuÉchéance
Directive eau potable révisée (2020/2184)Limite de 100 ng/L (somme 20 PFAS) ou 500 ng/L (total PFAS)Transposition 12 janvier 2023, application progressive
Restriction universelle ECHAProposition de 5 pays (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Norvège, Suède) pour interdire tous les PFAS non essentiels dans l'UEEn cours d'examen (avis attendu 2025-2026)
Convention de StockholmInscription du PFOA (2019), du PFOS (2009) et du PFHxS (2022) comme polluants organiques persistants (POP)En vigueur

La restriction universelle ECHA

La proposition de restriction universelle déposée en février 2023 par cinq pays européens auprès de l'ECHA (Agence européenne des produits chimiques) est la mesure la plus ambitieuse au monde. Elle vise à interdire la fabrication, la mise sur le marché et l'utilisation de tous les PFAS (sauf dérogations pour les usages essentiels) dans l'Union européenne. Si adoptée, elle concernerait plus de 10 000 substances.

Peut-on éliminer les PFAS

Traitement de l'eau

Les technologies de traitement conventionnelles (chloration, filtration sur sable) n'éliminent pas les PFAS. Les techniques efficaces :

  • Charbon actif granulaire (CAG) : adsorption des PFAS à chaîne longue, efficacité de 60 à 90 %
  • Résines échangeuses d'ions : efficacité supérieure au CAG, mais coût élevé et gestion des résines usagées
  • Osmose inverse / nanofiltration : efficacité supérieure à 95 %, mais coût énergétique et volume de concentrats à traiter
  • Destruction : incinération à haute température (supérieure à 1 100 °C), oxydation électrochimique — technologies émergentes

Dépollution des sols

La dépollution des sols contaminés aux PFAS est techniquement difficile et extrêmement coûteuse. Les approches :

  • Excavation et traitement thermique (incinération à haute température)
  • Stabilisation et confinement (immobilisation des PFAS dans le sol)
  • Phytoremédiation (recherche en cours, résultats encore limités)

FAQ

L'eau du robinet est-elle sûre ?

En France, les contrôles sanitaires sont renforcés depuis la transposition de la directive eau potable révisée. Les distributeurs d'eau doivent respecter la limite de 100 ng/L pour la somme de 20 PFAS. Cependant, tous les captages ne sont pas encore testés, et certaines zones (vallée du Rhône, Île-de-France) présentent des dépassements ponctuels. Consulter les résultats d'analyse de votre commune sur le site du ministère de la Santé (eaux.sante.gouv.fr).

Les poêles antiadhésives sont-elles dangereuses ?

Les poêles en PTFE (Téflon) ne contiennent plus de PFOA depuis les années 2010 (abandon volontaire par l'industrie puis interdiction par la Convention de Stockholm). Le PTFE lui-même est chimiquement inerte et ne présente pas de risque à température d'utilisation normale. En revanche, au-delà de 260 °C, le revêtement se décompose et peut libérer des gaz toxiques. En utilisation normale (cuisine domestique), le risque est considéré comme négligeable par l'ANSES.

Les PFAS à chaîne courte sont-ils plus sûrs ?

Pas nécessairement. Les PFAS à chaîne courte (C4-C6) ont été développés comme substituts des PFAS à chaîne longue (C8) jugés trop bioaccumulables. Ils sont effectivement moins bioaccumulables, mais ils sont plus mobiles dans l'environnement (se dispersent plus facilement dans l'eau) et tout aussi persistants. Le GenX, substitut du PFOA, a montré des effets hépatiques et rénaux chez l'animal à des doses comparables au PFOA.

Comment réduire son exposition aux PFAS ?

Quelques mesures de précaution : éviter les emballages alimentaires résistants aux graisses (boîtes carton fast-food), préférer les ustensiles de cuisine en inox ou en fonte, filtrer l'eau du robinet au charbon actif, éviter les vêtements traités « anti-taches » ou « déperlants » (sauf équipements techniques nécessaires), et privilégier les cosmétiques labellisés sans PFAS.

Sources

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