La savane est l'un des biomes les plus étendus de la planète. Elle couvre environ 20 % des terres émergées — soit deux fois la superficie de l'Europe — et abrite les plus grandes concentrations de grands mammifères terrestres. Entre la forêt tropicale humide et le désert, la savane est un biome de transition défini par une contrainte climatique majeure : une alternance marquée entre saison sèche et saison humide.
En résumé : Une savane est une formation végétale des régions tropicales et subtropicales, dominée par une strate herbacée continue (graminées) parsemée d'arbres ou d'arbustes isolés. Elle est déterminée par un climat à deux saisons (sèche et humide), des précipitations entre 500 et 1 500 mm par an, et des températures moyennes supérieures à 20 °C. Le feu et les grands herbivores jouent un rôle écologique fondamental dans son maintien.
Définition de la savane
Le terme "savane" vient du mot taïno zavana, emprunté par les colonisateurs espagnols pour désigner les plaines herbeuses des Caraïbes. La définition scientifique moderne est précise.
Une savane est une formation végétale caractérisée par :
- Une strate herbacée continue et dominante, composée principalement de graminées (Poacées) pouvant atteindre 1 à 3 mètres de hauteur selon les espèces et la saison
- Des arbres ou arbustes dispersés, dont le couvert n'excède pas 25 à 30 % de la surface
- Un climat tropical ou subtropical saisonnier, avec une saison sèche d'au moins 3 à 5 mois et des précipitations annuelles comprises entre 500 et 1 500 mm
- Des températures élevées toute l'année, généralement supérieures à 20 °C en moyenne annuelle
La distinction fondamentale avec la steppe tient à la température : la steppe (biome de prairie tempérée) se développe sous des latitudes moyennes avec des hivers froids, tandis que la savane est un biome tropical. La distinction avec la forêt tropicale tient à la quantité et à la régularité des pluies : en dessous d'un certain seuil ou avec une saison sèche prolongée, la forêt fermée ne peut pas s'établir.
Savane vs steppe : ce qui les distingue
| Caractéristique | Savane | Steppe |
|---|---|---|
| Zone climatique | Tropicale / subtropicale | Tempérée / continentale |
| Température hivernale | Jamais froide | Froide à très froide |
| Arbres dispersés | Oui (Acacia, baobab...) | Rares ou absents |
| Saison sèche | Longue et chaude | Hivernale (froid et sec) |
Les quatre types de savanes
Les botanistes distinguent classiquement quatre variantes selon la densité de la végétation ligneuse :
Savane herbeuse
La strate arborée est quasi absente. Les graminées forment un couvert continu. C'est le paysage des grandes plaines ouvertes d'Afrique orientale, parcouru par les troupeaux de gnous et de zèbres lors des migrations. Ces zones correspondent souvent aux sols les plus pauvres ou les plus fréquemment brûlés.
Savane arbustive
Des arbustes de moins de 5 à 7 mètres de hauteur sont dispersés dans la strate herbacée, sans former de véritable couvert arboré. Ce type est commun dans les zones de transition entre savane et désert, où les précipitations sont insuffisantes pour permettre la croissance d'arbres adultes.
Savane arborée
Des arbres adultes (acacias, baobabs, combretums) sont présents de façon dispersée, couvrant entre 10 et 25 % de la surface. C'est le type "iconique" de la savane africaine : horizon dégagé, arbres à cimes étalées, graminées dorées en saison sèche. La distinction avec la savane boisée est une question de densité.
Savane boisée (ou forêt claire)
La densité arborée approche la limite supérieure : le couvert atteint 25 à 40 %, les arbres commencent à se toucher par les cimes, mais la strate herbacée reste continue. Ce type correspond aux forêts claires d'Afrique australe (miombo, mopane), au cerrado brésilien et aux formations similaires d'Australie.
Répartition géographique mondiale
La savane se distribue selon un gradient latitudinal de part et d'autre de l'équateur, entre les forêts tropicales humides des zones de convergence intertropicale et les déserts subtropicaux.
Afrique subsaharienne : le grand berceau
L'Afrique abrite la plus grande superficie de savanes au monde. Elles couvrent une large bande allant du Sénégal et du Mali à l'ouest jusqu'à la Somalie et l'Éthiopie à l'est, et redescendent vers l'Afrique australe à travers la Tanzanie, le Zimbabwe et le Mozambique. Les savanes africaines les plus célèbres sont celles du Serengeti (Tanzanie), du Masai Mara (Kenya) et du Kruger (Afrique du Sud).
La dynamique saisonnière est spectaculaire. Entre novembre et avril, les pluies transforment le paysage : la savane reverdit en quelques semaines, déclenchant les naissances et les grandes migrations. De mai à octobre, la sécheresse installe un paysage doré et poussiéreux où les températures dépassent régulièrement 40 °C.
Le cerrado brésilien : la savane des records
Le cerrado est le deuxième plus grand biome du Brésil après l'Amazonie. Il couvre environ 2 millions de km², ce qui en fait la savane tropicale la plus riche en biodiversité du monde : plus de 11 000 espèces végétales, dont 4 400 endémiques, 837 espèces d'oiseaux (dont 29 endémiques), 194 espèces de mammifères.
Le cerrado présente une adaptation remarquable à la sécheresse : les arbres y ont des troncs épais et tordus, avec des écorces épaisses résistantes au feu, et des racines pouvant atteindre 15 mètres de profondeur pour atteindre les nappes phréatiques. Cette stratégie racinaire profonde leur permet de rester verts même en pleine saison sèche, contrairement aux espèces herbacées qui entrent en dormance.
Les llanos vénézuéliens et colombiens, inondables une partie de l'année, complètent le panorama sud-américain.
Australie : les savanes de l'hémisphère sud
Le nord de l'Australie (Queensland, Territoire du Nord, Australie-Occidentale) est recouvert d'une large ceinture de savanes tropicales. L'eucalyptus remplace l'acacia comme arbre dominant, conférant un aspect visuel différent des savanes africaines. La faune inclut des espèces emblématiques : kangourou roux, wombat, dingo, casoar.
Inde : les savanes déciduales
Une grande partie des plaines de l'Inde centrale et du Deccan était couverte de savanes et de forêts sèches décidues avant la déforestation. Il subsiste des fragments de savane dans les parcs nationaux, habitat du tigre du Bengale, du gaur et du cerf axis.
Faune de la savane : une concentration unique au monde
La savane africaine abrite les plus grandes concentrations de grands mammifères terrestres de la planète, un phénomène unique lié à la productivité saisonnière de la strate herbacée.
Les grands herbivores
Les herbivores constituent la biomasse dominante. Le gnou à barbe blanche effectue la plus grande migration terrestre annuelle entre le Serengeti et le Masai Mara : 1,5 à 2 millions d'individus parcourent plus de 2 000 km à la recherche des pâturages frais. Ils sont accompagnés de centaines de milliers de zèbres et de gazelles de Thomson.
L'éléphant de savane d'Afrique est le plus grand mammifère terrestre. Ingénieur de son écosystème, il abat les arbres, creuse des points d'eau, modifie la végétation — et ce faisant, maintient la savane ouverte au bénéfice d'innombrables espèces.
La girafe, le rhinocéros blanc, le buffle africain, l'hippopotame (en bordure de rivières), le koudou, l'impala, l'oryx complètent ce panorama extraordinaire de mégafaune.
Les grands prédateurs
La concentration d'herbivores a sélectionné des prédateurs remarquables. Le lion est le seul félin à vivre en groupes sociaux (les meutes, ou pride). Le guépard, le plus rapide des mammifères terrestres, chasse à l'accéléré jusqu'à 120 km/h sur de courtes distances. Le léopard, solitaire et discret, est le plus adaptable.
Le lycaon (chien sauvage d'Afrique), le loup éthiopien et la hyène tachetée complètent le tableau des prédateurs sociaux. Les rapaces — aigle martial, vautour fauve, secrétaire — dominent les airs.
Flore de la savane : adaptée à deux extrêmes
La végétation de la savane doit composer avec deux contraintes opposées : une saison sèche intense et un risque de feu, et une saison humide abondante qui peut provoquer des inondations locales.
Les graminées : le tissu vivant
Les graminées de la savane sont des espèces à photosynthèse C4 — une adaptation biochimique qui leur permet de fixer le carbone de façon très efficace sous forte lumière et chaleur, avec une consommation d'eau réduite. L'herbe à éléphants (Pennisetum purpureum), l'andropogon ou le sporobolus poussent en touffes denses et reprennent rapidement après le feu ou le broutage.
Les arbres : la vie avec la sécheresse
L'acacia est l'arbre emblématique des savanes africaines. Sa cime en parasol, étalée horizontalement, maximise la surface de photosynthèse tout en minimisant le tronc exposé au soleil. Ses épines le protègent contre les brouteurs — sauf la girafe, dont la langue préhensile de 45 cm contourne les épines.
Le baobab (Adansonia digitata) est une autre icône. Son tronc éléphantesque — jusqu'à 10 mètres de diamètre — est un réservoir d'eau de plusieurs milliers de litres. Certains baobabs sont estimés à plus de 1 000 ans. Les marulas, terminalia et combretums complètent la palette des arbres caractéristiques.
Le rôle écologique du feu
Le feu est un facteur écologique fondamental dans la savane — non pas une perturbation, mais un agent de régulation. Les graminées ont évolué avec le feu depuis des millions d'années : elles brûlent vite (litière sèche, huiles essentielles) et repoussent en quelques jours après un passage du feu, tandis que les arbres sont limités dans leur croissance par les feux répétés.
Dans les savanes africaines, les feux se produisent naturellement (foudre) ou sont allumés par les populations locales depuis des millénaires pour favoriser la repousse d'herbe tendre pour le bétail. Sans feux, la savane tendrait vers la forêt dans les zones suffisamment arrosées.
Menaces sur les savanes
La savane est un biome menacé à l'échelle mondiale, souvent moins médiatisée que la forêt tropicale humide.
L'agriculture est la première menace. Au Brésil, le cerrado a perdu plus de 50 % de sa superficie originelle au profit des cultures de soja et des pâturages bovins. Il est qualifié de "hotspot de biodiversité" par Conservation International — un terme qui désigne les régions à la fois riches en espèces et fortement menacées.
La déforestation avance également en Afrique : les savanes arborées sont défrichées pour l'agriculture et le bois de chauffe, réduisant la végétation ligneuse.
Le braconnage a décimé les populations de rhinocéros et d'éléphants. La corne de rhinocéros, vendue à prix d'or sur les marchés d'Asie du Sud-Est, a conduit le rhinocéros noir au bord de l'extinction.
Le changement climatique modifie le régime des précipitations et la fréquence des sécheresses, fragilisant les populations d'herbivores et déséquilibrant les relations prédateurs-proies.
Conclusion
La savane est un biome d'une richesse écologique exceptionnelle, souvent sous-estimé par rapport à la forêt tropicale. Sa mécanique — feu, herbivores, alternance saison sèche/humide — est complexe et fragile. La protection des savanes africaines et du cerrado brésilien est un enjeu majeur pour la conservation de la biodiversité mondiale et la régulation du cycle du carbone.
Sources
- Savane — Wikipédia — définition et classification
- Savane africaine : guide complet de cet écosystème — LesMinis — faune et flore africaines
- Le biome de la savane — Parlons sciences — données bioclimatiques
- Conservation Nature — La savane — rôle du feu, menaces
- Le Cerrado (Brésil) — Le Comptoir de Toamasina — biodiversité et menaces du cerrado
- Faune et flore du Cerrado — Association Stéphane Florange — espèces endémiques



