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Réchauffement climatique : définition, causes et conséquences

11 min de lecture

+1,55 °C. En 2024, la température moyenne mondiale a dépassé pour la première fois le seuil symbolique de 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels, selon l'observatoire européen Copernicus. L'année 2024 est entrée dans l'histoire comme la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés météorologiques. Le réchauffement climatique n'est plus une projection lointaine : c'est une réalité mesurable, documentée, dont les effets se manifestent à chaque saison.

Qu'est-ce que le réchauffement climatique ?

Le réchauffement climatique désigne l'augmentation progressive de la température moyenne de la surface terrestre observée depuis la fin du XIXe siècle. Ce phénomène résulte principalement de l'intensification de l'effet de serre provoquée par les activités humaines.

Selon le sixième rapport d'évaluation du GIEC (AR6), publié entre 2021 et 2023, la température moyenne de la planète a augmenté d'environ 1,09 °C entre la période préindustrielle (1850-1900) et la décennie 2011-2020. Cette hausse s'est accélérée : la décennie 2014-2023 a été la plus chaude jamais observée, et l'année 2024 a atteint +1,55 °C par rapport à la période de référence.

Il faut distinguer le réchauffement climatique du changement climatique, notion plus large qui englobe l'ensemble des modifications du système climatique : hausse des températures, modification des régimes de précipitations, fonte des glaces, élévation du niveau des mers et augmentation de la fréquence des événements extrêmes.

Les chiffres clés du réchauffement actuel

  • +1,55 °C : anomalie de température moyenne mondiale en 2024 (Copernicus)
  • +1,45 °C : estimation pour 2025, légèrement inférieure au record de 2024 (OMM)
  • 420 ppm : concentration de CO2 atmosphérique en 2024, un niveau inédit depuis au moins 2 millions d'années
  • 1850-1900 : période de référence préindustrielle utilisée par le GIEC

Les causes du réchauffement climatique

Le réchauffement climatique est principalement causé par l'augmentation des concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, liée aux activités humaines depuis la révolution industrielle. Le GIEC AR6 conclut avec un niveau de confiance très élevé que l'influence humaine est la cause dominante du réchauffement observé.

Les gaz à effet de serre responsables

Les principaux gaz à effet de serre anthropiques sont :

  • Le dioxyde de carbone (CO2) : responsable d'environ deux tiers du réchauffement. Sa concentration a augmenté de 50 % depuis 1750, passant de 280 à plus de 420 ppm. Le CO2 provient essentiellement de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) et de la déforestation.
  • Le méthane (CH4) : son potentiel de réchauffement est 80 fois supérieur à celui du CO2 sur 20 ans. Il représente environ 18 % des émissions mondiales. Ses sources principales sont l'élevage des ruminants, les rizières, les décharges et les fuites du secteur pétrolier et gazier.
  • Le protoxyde d'azote (N2O) : environ 4 % des émissions mondiales. Il provient principalement de l'utilisation d'engrais azotés en agriculture et de certains procédés industriels.
  • Les gaz fluorés (HFC, PFC, SF6) : émis en petites quantités mais dotés d'un pouvoir de réchauffement extrêmement élevé, jusqu'à 23 000 fois celui du CO2.

Pour mieux comprendre le rôle de chaque gaz, consultez notre fiche sur le cycle du carbone qui explique comment le CO2 circule entre atmosphère, océans et biosphère.

Les secteurs émetteurs

Selon le GIEC, les émissions mondiales de gaz à effet de serre se répartissent ainsi par secteur :

  • Énergie et production d'électricité : environ 35 % des émissions mondiales. La combustion du charbon, du pétrole et du gaz pour produire de l'électricité et de la chaleur reste la première source d'émissions.
  • Agriculture et utilisation des terres : environ 24 %. Cela inclut l'élevage (méthane entérique), la riziculture, les engrais azotés et la déforestation.
  • Industrie : environ 21 %. Cimenteries, sidérurgie, chimie et autres procédés industriels.
  • Transports : environ 16 %. Routier, aérien, maritime et ferroviaire. Le transport routier représente à lui seul les trois quarts de ce secteur.
  • Bâtiments : environ 6 %. Chauffage, climatisation et utilisation d'énergie dans les bâtiments résidentiels et tertiaires.

La France a émis 403 millions de tonnes de CO2 équivalent en 2022, en baisse de 25 % par rapport à 1990, mais son empreinte carbone réelle, incluant les importations, reste supérieure.

Les conséquences du réchauffement climatique

Les conséquences du réchauffement se manifestent déjà et s'aggravent proportionnellement à la hausse des températures. Le GIEC AR6 documente ces impacts avec un niveau de certitude sans précédent.

Montée du niveau des mers

La fonte des glaciers continentaux et des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique, combinée à la dilatation thermique des océans, provoque une élévation du niveau des mers. Celle-ci a atteint environ 20 cm depuis 1900, et le rythme s'accélère : +3,7 mm par an entre 2006 et 2018, contre +1,3 mm par an au début du XXe siècle.

Selon les scénarios du GIEC, le niveau des mers pourrait s'élever de 28 cm à plus de 1 mètre d'ici 2100 selon les trajectoires d'émissions. En France, 850 000 personnes vivent dans des zones littorales menacées par la submersion marine.

Événements climatiques extrêmes

Le réchauffement augmente la fréquence et l'intensité des événements climatiques extrêmes :

  • Canicules : les vagues de chaleur sont 5 fois plus fréquentes qu'au début du XXe siècle. En France, 5 000 décès par an liés à la chaleur sont projetés d'ici la fin du siècle si les émissions suivent leur trajectoire actuelle.
  • Sécheresses : la surface touchée par la sécheresse des sols en France est passée de 5 % dans les années 1960 à plus de 10 % aujourd'hui. Les épisodes de 1976, 2003, 2022 et 2023 illustrent cette tendance.
  • Précipitations extrêmes : l'atmosphère plus chaude contient davantage d'humidité (+7 % par degré de réchauffement), ce qui intensifie les pluies diluviennes et les risques d'inondation.
  • Tempêtes et cyclones : leur intensité maximale augmente, même si leur fréquence n'évolue pas de manière univoque.

Impacts sur la biodiversité

Le réchauffement climatique bouleverse les écosystèmes terrestres et marins. Selon le GIEC, si la hausse dépasse +2 °C d'ici 2100, 18 % des espèces terrestres seront fortement menacées d'extinction. Les écosystèmes les plus vulnérables sont :

  • Les récifs coralliens : 70 à 90 % pourraient disparaître à +1,5 °C, et jusqu'à 99 % à +2 °C. Or, ces récifs abritent 25 % de la biodiversité marine mondiale.
  • Les zones arctiques : la banquise estivale a perdu 40 % de sa surface en quarante ans, menaçant l'ensemble de la chaîne alimentaire polaire.
  • Les forêts tropicales : l'augmentation du stress hydrique et la multiplication des incendies réduisent leur capacité de stockage du carbone.
  • Les zones humides : leur disparition progressive affecte les services écosystémiques essentiels (filtration de l'eau, régulation des crues, habitats).

Impacts sur l'agriculture et la sécurité alimentaire

L'agriculture est à la fois contributrice et victime du réchauffement. Selon le GIEC, les pertes de récoltes ont triplé en Europe au cours des 50 dernières années. Les rendements céréaliers mondiaux ont baissé de 9 à 10 % entre 1981 et 2010 du fait du réchauffement.

En France, les impacts se traduisent par des vendanges avancées de trois semaines en cinquante ans, une baisse des rendements en blé et maïs dans le sud, et une augmentation du stress hydrique estival.

Impacts sur la santé humaine

Le réchauffement climatique affecte la santé humaine par de multiples voies : coups de chaleur, maladies vectorielles (extension géographique du moustique-tigre), allergies prolongées, dégradation de la qualité de l'air (ozone troposphérique) et impacts psychologiques (éco-anxiété). En France, 62 % de la population est estimée fortement exposée aux risques climatiques.

Les scénarios du GIEC : quel avenir possible ?

Le GIEC AR6 utilise cinq scénarios socioéconomiques partagés (SSP) pour modéliser les trajectoires possibles du climat à l'horizon 2100. Chaque scénario combine un niveau de développement socioéconomique et un forçage radiatif (en W/m²).

Les cinq scénarios SSP

  • SSP1-1.9 (développement durable, très ambitieux) : réchauffement limité à +1,5 °C en 2100. Exige un pic des émissions avant 2025 et une réduction de 43 % d'ici 2030 par rapport à 2019.
  • SSP1-2.6 (développement durable, ambitieux) : réchauffement limité à +1,8 °C. Compatible avec les objectifs de l'Accord de Paris.
  • SSP2-4.5 (trajectoire médiane, politiques actuelles) : réchauffement de +2,7 °C. Correspond à la poursuite des tendances actuelles sans renforcement majeur des politiques climatiques.
  • SSP3-7.0 (fragmentation régionale) : réchauffement de +3,6 °C. Priorité aux enjeux de sécurité nationale, faible coopération internationale.
  • SSP5-8.5 (développement fossile intensif) : réchauffement de +4,4 °C. Scénario le plus pessimiste, fondé sur une exploitation massive des énergies fossiles.

Ce que signifient ces chiffres concrètement

Chaque degré supplémentaire multiplie les risques. La différence entre +1,5 °C et +2 °C n'est pas marginale : à +2 °C, les vagues de chaleur extrêmes deviennent 2,6 fois plus fréquentes qu'à +1,5 °C, les récifs coralliens passent de 70 % de perte à 99 %, et 420 millions de personnes supplémentaires sont exposées aux canicules sévères.

Au-delà de +3 °C, certains points de basculement deviennent probables : effondrement de la calotte glaciaire du Groenland, dépérissement de la forêt amazonienne, déstabilisation du permafrost libérant des quantités massives de méthane. Ces seuils, une fois franchis, sont irréversibles à l'échelle humaine.

Les leviers d'action face au réchauffement

La lutte contre le réchauffement climatique s'organise autour de deux stratégies complémentaires : l'atténuation (réduire les émissions) et l'adaptation (s'ajuster aux impacts inévitables).

Atténuation : réduire les émissions

Le GIEC identifie plusieurs leviers prioritaires :

  • Décarboner l'énergie : développer massivement les énergies renouvelables et le nucléaire, sortir du charbon, réduire la dépendance au gaz fossile.
  • Transformer les transports : électrification des véhicules, développement du ferroviaire, réduction du transport aérien.
  • Rénover les bâtiments : isolation thermique, pompes à chaleur, sobriété énergétique.
  • Adapter l'agriculture : réduire les émissions de méthane (élevage), limiter les engrais azotés, restaurer les sols comme puits de carbone.
  • Protéger les puits de carbone naturels : stopper la déforestation, restaurer les zones humides, protéger les océans.

Adaptation : se préparer aux impacts

L'adaptation consiste à réduire la vulnérabilité des sociétés face aux impacts déjà inévitables du réchauffement. Cela passe par la protection des littoraux, l'adaptation des pratiques agricoles, la végétalisation des villes, le renforcement des systèmes de santé et la gestion durable de la ressource en eau.

La France a adopté un troisième Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC-3), qui vise à préparer le pays à un réchauffement de +4 °C d'ici 2100, conformément à la trajectoire de référence adoptée pour la planification.

Réchauffement climatique et limites planétaires

Le réchauffement climatique est l'une des neuf limites planétaires identifiées par le Stockholm Resilience Centre. Cette limite, fixée à 350 ppm de CO2 (ou un forçage radiatif de +1 W/m²), est déjà largement dépassée.

Mais le réchauffement interagit aussi avec d'autres limites planétaires : l'érosion de la biodiversité, la perturbation des cycles biogéochimiques (azote, phosphore), la modification du cycle de l'eau et l'acidification des océans. Ces interactions créent des boucles de rétroaction qui peuvent accélérer la dégradation du système Terre.

Comprendre le réchauffement climatique, c'est comprendre qu'il ne s'agit pas d'un problème isolé, mais d'un symptôme d'une pression humaine globale sur les systèmes naturels, dans ce que certains scientifiques nomment l'Anthropocène.

Conclusion

Le réchauffement climatique est le défi central du XXIe siècle. Avec +1,55 °C atteint en 2024, la fenêtre d'action pour limiter le réchauffement à +1,5 °C se referme rapidement. Les données du GIEC AR6 sont sans ambiguïté : chaque dixième de degré compte, chaque année d'inaction aggrave les impacts futurs.

Les solutions existent, à toutes les échelles : politiques énergétiques, innovation technologique, changements de modes de vie. La question n'est plus de savoir si le réchauffement climatique est réel — mais si la réponse collective sera à la hauteur de l'urgence.

Sources


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