Matériaux éco-responsables 2026 : hempcrete, liège et biosourcés

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La construction représente environ 11 % des émissions mondiales de CO2 liées aux procédés industriels, auxquels il faut ajouter les émissions opérationnelles des bâtiments. Face à cette réalité, les matériaux éco-responsables — et en particulier les matériaux biosourcés capables de séquestrer du carbone — connaissent un regain d'intérêt technique et réglementaire en 2026.

Le hempcrete (béton de chanvre), le liège naturel et les isolants à base de fécule ou de fibres végétales ne sont pas de simples alternatives de niche. Leur performance thermique, hygroscopique et structurelle en fait des matériaux pertinents pour une architecture bas carbone, en particulier dans le contexte de l'extension de la RE2020 aux bâtiments industriels.

Définitions : qu'est-ce qu'un matériau éco-responsable ?

Matériaux biosourcés

Un matériau biosourcé est issu de la biomasse végétale ou animale — chanvre, lin, liège, paille, laine de bois, ouate de cellulose, plume, laine de mouton. La définition française est fixée par le label national biosourcé (décret 2012-518) : un matériau est certifié biosourcé si sa teneur en matière biosourcée dépasse un seuil variable selon la catégorie (30 à 100 % selon les produits).

L'intérêt principal d'un matériau biosourcé pour le bilan carbone d'un bâtiment est la séquestration carbone : la plante a absorbé du CO2 pendant sa croissance, et ce carbone reste stocké dans le matériau aussi longtemps qu'il est en œuvre.

Matériaux géosourcés

Les matériaux géosourcés — terre crue, pierre naturelle, ardoise — ont une empreinte carbone très faible à la production (pas de cuisson industrielle) mais ne séquestrent pas de carbone supplémentaire. Ils sont complémentaires des biosourcés dans une approche multi-matériaux.

Le carbone incorporé vs le carbone opérationnel

Dans l'analyse du cycle de vie (ACV) d'un bâtiment, deux types d'émissions s'additionnent :

  • Le carbone incorporé (embedded carbon) : les émissions liées à la fabrication, au transport et à la mise en œuvre des matériaux.
  • Le carbone opérationnel : les émissions liées aux consommations d'énergie du bâtiment en exploitation.

Un matériau biosourcé à bilan carbone négatif réduit le carbone incorporé. Un bâtiment bien isolé réduit le carbone opérationnel. Les deux leviers sont complémentaires et la RE2020 les intègre désormais dans le calcul réglementaire.

Le hempcrete : définition et propriétés

Composition

Le hempcrete — ou béton de chanvre en français — est un composite de chènevotte (le cœur ligneux de la tige de chanvre), de liant chaux (chaux aérienne ou hydraulique) et d'eau. Les proportions typiques sont :

  • 1 volume de chènevotte
  • 1 à 1,5 volume de liant chaux
  • eau de gâchage

Le mélange est coulé dans des banches ou moulé en blocs préfabriqués (comme ceux proposés par IsoHemp ou Tradical). Il n'est pas porteur structurellement : il est toujours associé à une ossature bois, métal ou béton qui reprend les charges verticales.

Bilan carbone : négatif sur toute la durée de vie

C'est la propriété qui distingue fondamentalement le hempcrete du béton ordinaire.

Pendant la croissance du chanvre, chaque hectare cultivé absorbe entre 8 et 15 tonnes de CO2 net. Le chanvre est une culture particulièrement efficace pour la photosynthèse — croissance rapide (4 mois du semis à la récolte), faible besoin en eau et en intrants, pas de pesticides nécessaires en agriculture raisonnée.

Pendant la fabrication du liant, la cuisson de la chaux libère du CO2 (décarbonation du calcaire). C'est le poste d'émission principal du hempcrete.

Pendant la mise en service, deux phénomènes compensent les émissions de fabrication :

  1. La carbonatation de la chaux : au contact du CO2 atmosphérique, la chaux se recarbonate progressivement, absorbant du CO2.
  2. Le carbone stocké dans la chènevotte reste séquestré dans le mur.

Le bilan net, calculé sur toute la durée de vie du bâtiment (50 ans selon l'ACV normée), est négatif : un mètre cube de hempcrete stocke plus de CO2 qu'il n'en émet à la production. IsoHemp annonce un bilan de -75 kg de CO2 par mètre cube pour ses blocs.

Performance thermique

Le hempcrete n'est pas un isolant au sens strict — sa conductivité thermique (lambda) varie entre 0,056 W/m.K (en toiture) et 0,076 W/m.K (en mur), des valeurs nettement supérieures aux isolants synthétiques haute performance comme le polyuréthane (0,022 à 0,028 W/m.K).

Son avantage est l'inertie thermique distribuée : le hempcrete accumule la chaleur dans la masse du mur et la restitue progressivement, amortissant les variations de température. Combiné à une épaisseur suffisante (20 à 40 cm selon les zones climatiques), il produit un confort thermique hivernal et estival supérieur à ce que son lambda laisserait supposer.

Hygroscopie et qualité de l'air

La chènevotte est naturellement hygroscopique : elle absorbe l'humidité de l'air ambiant quand l'hygrométrie est élevée et la restitue quand elle baisse. Ce tampon hygrique régule l'humidité relative intérieure sans système mécanique, réduisant le risque de condensation et de moisissures.

La chaux est naturellement antiseptique et anti-fongique, ce qui limite les problèmes de moisissures fréquents avec certains isolants synthétiques mal mis en œuvre.

Limites techniques

Le hempcrete présente plusieurs contraintes à connaître avant de l'utiliser :

  • Résistance mécanique faible : la résistance à la compression est de l'ordre de 0,5 à 1 MPa, contre 25 MPa pour un béton courant. Il ne peut pas être porteur.
  • Sensibilité à l'eau liquide : si le mur est exposé à des infiltrations prolongées (défaut d'étanchéité, remontées capillaires sans barrière), la chènevotte peut se dégrader.
  • Mise en œuvre spécialisée : la réalisation de murs en hempcrete requiert une main-d'œuvre formée. Les délais de séchage (plusieurs semaines à plusieurs mois) conditionnent le planning de chantier.
  • Prix : le hempcrete reste plus cher au mètre carré que la laine de verre ou la laine de roche, même si l'écart se réduit avec la montée en puissance de la filière chanvre française.

Le liège naturel : un isolant à faible impact

Origine et production

Le liège est l'écorce du chêne-liège (Quercus suber), un arbre méditerranéen présent principalement au Portugal, en Espagne, en Algérie, au Maroc et en Sardaigne. La récolte est réalisée à la main tous les 9 à 12 ans sans abattre l'arbre, qui vit jusqu'à 200 ans. Une forêt de chênes-lièges est donc un puits de carbone permanent : les arbres continuent de croître et d'absorber du CO2 entre les récoltes.

Le Portugal est le premier producteur mondial et fournit plus de 50 % de la production mondiale. La filière liège est l'une des rares industries forestières dont la durabilité est intrinsèquement liée à la conservation de l'arbre et de l'écosystème associé (la montado, forêt ouverte méditerranéenne à très haute biodiversité).

Propriétés physiques

Le liège est composé à 89 % d'air emprisonné dans des cellules microscopiques, ce qui en fait un excellent isolant thermique et acoustique.

PropriétéValeur
Conductivité thermique (lambda)0,036 à 0,040 W/m.K
Résistance à la vapeur d'eauFaible (matériau perméable)
Densité100 à 200 kg/m³
Résistance à la compression0,1 à 0,5 MPa (souple à mi-dur)
Durée de vie50 à 100 ans sans dégradation

Sa conductivité thermique est comparable à celle de la laine de bois et de la ouate de cellulose — nettement plus performante que le hempcrete, moins que les isolants synthétiques haute performance.

Usages en construction

Le liège naturel s'utilise sous plusieurs formes :

  • Liège expansé (ICB, Insulation Cork Board) : blocs ou panneaux produits par expansion à la vapeur sans liant chimique, utilisés en isolation des toits-terrasses, des planchers et des façades
  • Liège aggloméré : chutes de liège compressées avec un liant (naturel ou synthétique selon les produits), utilisées en revêtements de sol
  • Granulés de liège : déversés en vrac pour l'isolation des combles ou des planchers

Le liège est particulièrement apprécié pour les toitures-terrasses : sa résistance à l'humidité, sa durabilité mécanique sous charge et sa stabilité dimensionnelle en font un support d'étanchéité performant.

Les matériaux à base de fécule et fibres végétales

Fécule de pomme de terre : un liant biosourcé

Des recherches en cours en Europe explorent l'utilisation de l'amidon de pomme de terre (fécule) comme liant dans des composites biosourcés — panneaux de particules de bois liées à la fécule plutôt qu'aux résines formaldéhyde, mousses d'isolation rigides à base d'amidon expansé.

Ces matériaux sont encore au stade de développement avancé pour la plupart, mais plusieurs produits commencent à atteindre le marché : panneaux de fibres de bois liées à l'amidon (sans formaldéhyde), mousses d'emballage compostables, composites coton-amidon pour l'ameublement.

La laine de bois

La laine de bois (ou fibre de bois) est produite par défibrage mécanique de résidus de scierie, compressée en panneaux avec un liant naturel (généralement de la résine de lin ou de l'albumine). Sa conductivité thermique est de l'ordre de 0,038 à 0,042 W/m.K — comparable au liège.

Son avantage majeur par rapport aux isolants minéraux est sa capacité à réguler l'humidité (hygroscopie) et son bilan carbone positif (le bois stocke du carbone et les résidus utilisés ne nécessitent pas de coupe d'arbres supplémentaire).

La ouate de cellulose

Issue de papier recyclé (journaux, cartons), la ouate de cellulose est l'isolant biosourcé le plus utilisé en France. Elle s'applique par insufflation ou projection humide et offre d'excellentes performances thermiques (lambda de 0,038 à 0,042 W/m.K) et acoustiques.

Son bilan carbone incorporé est très faible — le papier recyclé a déjà été comptabilisé au moment de sa fabrication initiale. Elle représente une valorisation directe d'un déchet.

Comparatif des principaux matériaux biosourcés

MatériauLambda (W/m.K)Bilan carbonePrix relatifPoints forts
Hempcrete0,056-0,076NégatifÉlevéCarbone négatif, hygrorégulation
Liège expansé0,036-0,040NégatifTrès élevéDurabilité, résistance humidité
Laine de bois0,038-0,042Légèrement négatifMoyenHygroscopie, acoustique
Ouate cellulose0,038-0,042Neutre à positifBasPrix, recyclé, insufflation
Laine de lin0,034-0,038Légèrement négatifMoyenFlexibilité de mise en œuvre

Les isolants synthétiques (laine de verre, laine de roche, polystyrène, polyuréthane) restent majoritaires en France pour des raisons de prix et d'habitudes professionnelles. Mais leur part de marché recule progressivement à mesure que la filière biosourcée monte en compétence et en volume.

L'impact de la RE2020 sur la filière biosourcée

L'extension de la RE2020 aux bâtiments industriels et commerciaux (décret du 15 janvier 2026) intègre l'indicateur Ic construction — l'empreinte carbone des matériaux. Cet indicateur valorise mécaniquement les matériaux à bilan carbone négatif ou neutre.

Les maîtres d'ouvrage qui cherchent à optimiser leur indicateur Ic ont intérêt à substituer une partie de leurs isolants synthétiques par des biosourcés. Dans certains cas, l'utilisation de hempcrete ou de laine de bois peut permettre d'atteindre des niveaux d'exigence supérieurs à la RE2020 standard (labels BBCA, E+C-).

Sources

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