Mangrove : définition, rôle écologique et menaces

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La mangrove est l'un des écosystèmes côtiers les plus productifs de la planète — et l'un des plus mal compris du grand public. Ces forêts amphibies, qui poussent les pieds dans l'eau entre la mer et la terre, stockent cinq fois plus de carbone que les forêts tropicales humides, abritent des milliers d'espèces animales et protègent les côtes de millions de personnes contre les tsunamis et les cyclones. Elles sont aussi parmi les plus menacées : disparaissant à un rythme trois à cinq fois supérieur à celui de la déforestation mondiale.

Définition : qu'est-ce qu'une mangrove ?

Une mangrove est une formation végétale ligneuse qui se développe dans la zone intertidale des côtes tropicales et subtropicales — c'est-à-dire la zone battue par les marées, entre les plus hautes et les plus basses eaux. Elle est composée de palétuviers, des arbres et arbustes capables de survivre dans des conditions extrêmes : eau saumâtre, substrat vaseux anoxique (sans oxygène), inondations répétées, forte salinité.

La définition précise inclut à la fois la formation végétale (les arbres) et l'ensemble de l'écosystème associé (faune, flore, sol, eau interstitielle). On parle donc indifféremment de « forêt de mangrove » ou de « mangrove » pour désigner cet ensemble.

Répartition géographique : les mangroves occupent environ 147 000 km² à l'échelle mondiale (Global Mangrove Watch, 2020), répartis entre les zones tropicales et subtropicales des cinq continents. Les plus grandes surfaces se concentrent en Indonésie (22 % de la surface mondiale), au Brésil et en Australie. En France, des mangroves existent en Guyane, en Guadeloupe, en Martinique et à Mayotte.

Les espèces végétales : des adaptations remarquables

Les palétuviers ont développé des adaptations anatomiques uniques pour survivre dans un milieu hostile.

Les racines aériennes sont la caractéristique la plus frappante. Selon les espèces, elles prennent des formes différentes :

  • Rhizophora (palétuvier rouge) : racines en arceau ou en échasse, qui s'élèvent au-dessus du sol et plongent dans la vase, offrant à l'arbre un ancrage et une surface d'échanges gazeux considérable.
  • Avicennia (palétuvier blanc) : pneumatophores — de petits piquets verticaux qui émergent du sol et permettent aux racines de respirer à marée basse.
  • Bruguiera : racines en genou, formant des courbes alternées à la surface du sol.

La tolérance à la salinité est assurée par différents mécanismes selon les espèces : exclusion du sel au niveau des racines (chez Rhizophora), excrétion du sel par des glandes foliaires (chez Avicennia), accumulation du sel dans les vieilles feuilles avant leur chute.

La viviparité : certaines espèces (notamment Rhizophora) produisent des propagules — des embryons déjà développés qui germent encore sur l'arbre-mère et se détachent comme de petites plantules, prêtes à s'enfoncer dans la vase au moment de la chute.

Le rôle écologique : cinq fonctions critiques

1. Nurserie pour les espèces marines

Les racines immergées des palétuviers forment un labyrinthe de refuges et de zones d'alimentation pour les juvéniles de poissons, de crustacés et de céphalopodes. 60 à 80 % des espèces de poissons commerciaux des zones tropicales dépendent des mangroves à un stade de leur vie. Les crevettes, les huîtres, les langoustes, les crabes — l'essentiel des ressources halieutiques côtières des régions tropicales — s'y reproduisent ou y grandissent.

Détruire une mangrove, c'est menacer directement la pêche artisanale des communautés côtières.

2. Puits de carbone exceptionnel

Les mangroves stockent du carbone à la fois dans leur biomasse aérienne et dans leurs sédiments. Le carbone bleu (blue carbon) désigne ce carbone séquestré dans les écosystèmes côtiers. La séquestration des mangroves est estimée à 6 à 8 fois supérieure à celle des forêts tropicales terrestres par unité de surface, en raison de l'accumulation de matière organique dans les sédiments anoxiques où la décomposition est très lente.

La destruction d'une mangrove libère non seulement le carbone de la biomasse, mais aussi celui accumulé dans les sédiments sur des centaines ou des milliers d'années.

3. Protection côtière contre les tempêtes et l'érosion

Les mangroves dissipent l'énergie des vagues, ralentissent les courants et piègent les sédiments en suspension. Lors du tsunami de 2004 dans l'océan Indien, les zones côtières protégées par des mangroves intactes ont subi des dommages significativement inférieurs aux zones où elles avaient été défrichées.

Une mangrove d'une largeur de 100 mètres peut réduire la hauteur des vagues de 50 à 75 % (source : WWF France). Face à la montée des eaux et à l'intensification des cyclones liées au changement climatique, cette fonction protectrice devient critique.

4. Filtre naturel de la qualité de l'eau

En piégeant les sédiments, les nutriments et certains polluants (métaux lourds, pesticides) dans leurs sédiments, les mangroves améliorent la qualité de l'eau côtière. Elles constituent une barrière naturelle entre les terres agricoles et le lagon ou le récif corallien situé au large.

5. Stock de biodiversité terrestre et marine

Au-delà des poissons, les mangroves abritent des espèces emblématiques : tigres du Bengale dans les Sundarbans (Bangladesh-Inde), crocodiles marins en Australie, lamantins en Guyane, de nombreuses espèces d'oiseaux nicheurs et migrateurs. La biodiversité totale d'une mangrove est mal connue, notamment pour les invertébrés et les micro-organismes des sédiments.

Les menaces : une disparition accélérée

La surface mondiale de mangroves a diminué de 5 245 km² entre 1996 et 2020, selon le Global Mangrove Watch. Ce recul masque une amélioration du rythme : la déforestation annuelle est passée de 327 km²/an (1996-2010) à 66 km²/an (2010-2020), grâce à une prise de conscience internationale et à des politiques de protection plus strictes dans certains pays.

Mais la déforestation reste trois à cinq fois plus rapide que celle des autres types de forêts.

Les causes principales sont :

  • Aquaculture : la conversion en bassins à crevettes est responsable de 35 % de la perte mondiale de mangroves. L'élevage de crevettes pour l'export (notamment vers l'Europe et les États-Unis) a détruit des millions d'hectares en Asie du Sud-Est.
  • Agriculture : défrichement pour les rizières, les palmeraies ou les cultures cotonnières.
  • Urbanisation et tourisme : développement hôtelier, ports, infrastructures côtières.
  • Montée des eaux : dans les zones de delta à faible sédimentation, les mangroves ne peuvent pas migrer vers l'intérieur des terres assez vite pour compenser la submersion progressive.
  • Surexploitation : prélèvement de bois pour le charbon, la construction, la tanerie (l'écorce de Rhizophora est riche en tanins).

Les projets de restauration

La restauration des mangroves est devenue un enjeu international depuis les années 2010. Des initiatives comme l'Initiative pour la restauration des mangroves des îles (ou Mangrove Breakthrough, sous l'égide de l'ONU) visent à restaurer 15 millions d'hectares de mangroves d'ici 2030.

En pratique, la restauration est complexe. Les plantations de palétuviers en dehors des conditions hydrodynamiques appropriées échouent souvent à 80 %. Les approches les plus efficaces associent restauration hydrologique (rétablissement des flux tidaux naturels) et plantation assistée des espèces adaptées à la zone.

En France, les mangroves de Guyane et de Martinique bénéficient d'une protection dans le cadre des sites Ramsar et des parcs naturels marins.

Cet écosystème côtier s'inscrit dans la grande problématique des services écosystémiques que la nature fournit gratuitement à l'humanité. Pour comprendre l'ensemble des zones riches en biodiversité, notre fiche sur les hotspots de biodiversité dresse un panorama mondial.

Sources

Conclusion

La mangrove est un écosystème fondamental : nurserie de la pêche tropicale, puits de carbone, bouclier contre les tempêtes. Sa disparition accélérée, principalement due à l'aquaculture et à l'agriculture, représente une perte irréversible pour la biodiversité et pour les populations côtières qui en dépendent directement. Les progrès récents dans les politiques de protection et les techniques de restauration donnent des raisons d'espérer, à condition que la communauté internationale maintienne ses engagements au-delà des déclarations d'intention.

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