Hotspot de biodiversité : les 36 régions les plus riches et menacées

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2,5 % de la surface terrestre de la planète. C'est tout ce que représentent les 36 hotspots de biodiversité. Pourtant, ces régions concentrent plus de la moitié des espèces végétales endémiques du globe et 43 % des espèces de vertébrés terrestres que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Un paradoxe fascinant : les zones les plus riches en vie sont aussi celles qui ont le plus souffert de l'activité humaine.

Le concept de hotspot de biodiversité, forgé à la fin des années 1980, est devenu l'un des outils les plus influents de la biologie de la conservation. Il permet de cibler les efforts de protection là où le rapport coût-efficacité est maximal : protéger ces 2,5 % de terres, c'est sauvegarder une fraction disproportionnée du patrimoine vivant de la Terre.

En résumé : Un hotspot de biodiversité est une région terrestre qui abrite au moins 1 500 espèces de plantes vasculaires endémiques et qui a perdu au moins 70 % de sa végétation originelle. 36 hotspots sont reconnus dans le monde. Ils couvrent 2,5 % des terres émergées mais hébergent plus de 50 % des plantes endémiques mondiales. Une réévaluation globale, la première depuis deux décennies, a été lancée en 2025 par un consortium mené par l'UICN.

Qu'est-ce qu'un hotspot de biodiversité ?

Origine du concept

Le terme « hotspot de biodiversité » a été introduit en 1988 par l'écologiste britannique Norman Myers dans un article publié dans la revue The Environmentalist. Son idée était simple mais révolutionnaire : face à des ressources de conservation limitées, il faut les concentrer sur les zones où la biodiversité est à la fois la plus riche et la plus menacée.

En 2000, Myers a affiné sa méthodologie avec Russell Mittermeier et d'autres chercheurs de Conservation International dans un article fondateur publié dans Nature (« Biodiversity hotspots for conservation priorities »). Cette publication a formalisé les deux critères quantitatifs qui définissent encore aujourd'hui un hotspot.

Les deux critères de qualification

Pour être reconnu comme hotspot de biodiversité, une région terrestre doit remplir simultanément deux conditions :

  • Richesse endémique : contenir au moins 1 500 espèces de plantes vasculaires endémiques, c'est-à-dire des espèces qui n'existent nulle part ailleurs sur Terre. Ce seuil représente environ 0,5 % de la flore vasculaire mondiale.
  • Perte d'habitat : avoir perdu au moins 70 % de sa végétation primaire d'origine. Ce critère mesure le degré de menace et d'urgence : plus l'habitat restant est réduit, plus les espèces qui en dépendent sont vulnérables à l'extinction.

En d'autres termes, un hotspot n'est pas simplement une zone riche en espèces. C'est une zone riche en espèces irremplaçables qui est en train de disparaître.

Ce que les hotspots ne couvrent pas

Les hotspots sont des zones terrestres. Ils n'incluent pas les écosystèmes marins (récifs coralliens, grands fonds), ni les écosystèmes d'eau douce en tant que tels, même si certains hotspots terrestres englobent des bassins versants critiques. D'autres systèmes de priorisation (Zones clés pour la biodiversité, Last of the Wild, etc.) complètent cette approche pour les milieux aquatiques.

La liste des 36 hotspots de biodiversité

Historique et évolution

Le nombre de hotspots a évolué au fil des connaissances scientifiques :

  • 1988 : Norman Myers identifie 10 régions prioritaires dans son article fondateur
  • 1996 : le nombre passe à 17 régions
  • 2000 : Myers et Mittermeier formalisent 25 hotspots dans Nature
  • 2005 : Conservation International porte le total à 34 après réévaluation
  • 2011 : les Forêts de l'Est australien deviennent le 35e hotspot
  • 2016 : la Plaine côtière nord-américaine est reconnue comme le 36e hotspot, sur la base des travaux de la North American Coastal Plain Plant Conservation Initiative

Les 36 hotspots par grande région

Amériques (8 hotspots)

HotspotSuperficie (km²)Espèces végétales endémiques
Andes tropicales1 542 644environ 15 000
Mésoamérique1 130 019environ 2 941
Îles des Caraïbes229 549environ 6 550
Forêts atlantiques du Brésil1 233 875environ 8 000
Cerrado2 031 990environ 4 400
Province floristique de Californie293 804environ 2 124
Forêts tempérées valdiviennes du Chili397 142environ 1 957
Plaine côtière nord-américaine1 145 920environ 1 816

Afrique et Madagascar (8 hotspots)

HotspotSuperficie (km²)Espèces végétales endémiques
Madagascar et îles de l'océan Indien600 461environ 11 600
Forêts guinéennes d'Afrique de l'Ouest620 314environ 1 800
Région floristique du Cap78 555environ 6 210
Succulent Karoo102 691environ 2 439
Maputaland-Pondoland-Albany274 136environ 1 900
Corne de l'Afrique1 659 363environ 2 750
Afromontagne orientale856 267environ 2 356
Forêts côtières d'Afrique orientale291 250environ 1 750

Asie-Pacifique (12 hotspots)

HotspotSuperficie (km²)Espèces végétales endémiques
Indo-Birmanie2 373 057environ 7 000
Sundaland1 501 063environ 15 000
Wallacea338 494environ 1 500
Philippines297 179environ 6 091
Himalaya741 706environ 3 160
Montagnes du Sud-Ouest de la Chine262 446environ 3 500
Japon373 490environ 1 950
Ghats occidentaux et Sri Lanka189 611environ 3 049
Polynésie-Micronésie47 239environ 3 334
Nouvelle-Calédonie18 576environ 2 432
Nouvelle-Zélande268 021environ 1 865
Forêts de l'Est australien254 688environ 2 144

Europe, Méditerranée et Asie centrale (5 hotspots)

HotspotSuperficie (km²)Espèces végétales endémiques
Bassin méditerranéen2 085 292environ 11 700
Caucase532 658environ 1 600
Irano-Anatolien899 773environ 2 500
Montagnes d'Asie centrale863 362environ 1 500
Forêts de la Sonde (Asie du Sud-Est insulaire)environ 1 500

Océan Indien et Pacifique (3 hotspots)

HotspotSuperficie (km²)Espèces végétales endémiques
Mélanésie orientale99 384environ 3 000
Corne de l'Afrique (partie insulaire)
Îles de l'océan Indien occidentalenviron 2 500

Les hotspots en chiffres : pourquoi sont-ils si importants ?

Les données compilées par Conservation International et le CEPF (Critical Ecosystem Partnership Fund) illustrent le caractère exceptionnel de ces régions :

  • Plus de 50 % des espèces de plantes vasculaires endémiques mondiales sont concentrées dans les 36 hotspots
  • 43 % des oiseaux, mammifères, reptiles et amphibiens endémiques y vivent
  • 2,5 % de la surface terrestre seulement est concernée
  • 85 % de l'habitat originel a été détruit en moyenne dans les hotspots
  • 2,2 milliards de personnes vivent dans les limites des 36 hotspots

Ce dernier chiffre souligne un point crucial : la conservation de la biodiversité dans les hotspots ne peut pas se faire sans — ni contre — les populations locales. C'est un enjeu de développement autant qu'un enjeu écologique.

Les cinq hotspots les plus riches

En termes de nombre total d'espèces végétales endémiques, cinq régions dominent le classement :

  1. Andes tropicales : environ 15 000 espèces endémiques — le hotspot le plus riche au monde
  2. Sundaland (Malaisie, Indonésie) : environ 15 000 espèces endémiques
  3. Bassin méditerranéen : environ 11 700 espèces endémiques
  4. Madagascar et îles de l'océan Indien : environ 11 600 espèces endémiques
  5. Forêts atlantiques du Brésil : environ 8 000 espèces endémiques

Quelles menaces pèsent sur les hotspots ?

Les cinq grandes menaces identifiées par l'IPBES pour la biodiversité mondiale s'exercent avec une intensité particulière dans les hotspots. Le fait que ces régions aient déjà perdu au moins 70 % de leur végétation originelle les place dans une situation de vulnérabilité extrême.

Destruction et fragmentation des habitats

C'est la menace dominante dans la quasi-totalité des hotspots. L'expansion agricole, l'urbanisation et le développement des infrastructures réduisent les habitats restants à des fragments isolés. Dans les forêts atlantiques du Brésil, il ne subsiste que 12 % de la couverture forestière d'origine, sous forme de parcelles souvent trop petites pour maintenir des populations viables de grands mammifères.

La déforestation est le principal vecteur de cette destruction : entre 2001 et 2023, plus de 430 millions d'hectares de couvert forestier ont été perdus dans le monde (Global Forest Watch, 2024).

Changement climatique

Le réchauffement global modifie les conditions de vie dans les hotspots à un rythme trop rapide pour que de nombreuses espèces puissent s'adapter. Dans le bassin méditerranéen, les modèles climatiques projettent une augmentation des températures de 2 à 4 °C d'ici 2100 et une baisse significative des précipitations estivales, menaçant les espèces adaptées au climat méditerranéen actuel.

Les hotspots de montagne (Andes tropicales, Himalaya, montagnes d'Asie centrale) sont particulièrement exposés : les espèces migrent en altitude pour suivre leur niche climatique, mais finissent par atteindre le sommet — sans possibilité de refuge. C'est un phénomène documenté dans l'étude des limites planétaires.

Espèces exotiques envahissantes

Les îles et archipels (Caraïbes, Polynésie-Micronésie, Nouvelle-Calédonie, Madagascar) sont les hotspots les plus vulnérables aux espèces invasives. L'introduction de prédateurs (rats, chats, serpents) ou de compétiteurs (plantes envahissantes) sur des îles dont la faune a évolué sans ces pressions provoque des extinctions en cascade.

À Madagascar, le rat noir (Rattus rattus), introduit par les premiers navigateurs, est aujourd'hui présent dans tous les habitats de l'île et menace les petits mammifères endémiques comme les tenrecs et les micro-cébidés.

Surexploitation et braconnage

Le commerce illégal d'espèces sauvages affecte de nombreux hotspots, en particulier en Asie du Sud-Est (Sundaland, Indo-Birmanie, Philippines). Le trafic de bois précieux (palissandre, ébène), de pangolins, de tortues et de perroquets représente un marché estimé à plusieurs milliards de dollars par an par Interpol.

Pollution

Les pesticides, les rejets industriels et les polluants émergents (microplastiques, PFAS) contaminent les sols, les eaux et les chaînes alimentaires dans les hotspots les plus anthropisés. Le bassin méditerranéen, qui accueille 110 millions de touristes par an selon le CEPF, subit une pression de pollution littorale intense.

Le bassin méditerranéen : un hotspot à nos portes

Pourquoi la Méditerranée est un hotspot

Le bassin méditerranéen est le deuxième plus grand hotspot de biodiversité au monde par sa superficie (plus de 2 millions de km²) et le troisième par sa richesse en plantes endémiques (environ 11 700 espèces). Il s'étend du Portugal à la Jordanie et du nord de l'Italie au Cap-Vert.

Son climat caractéristique — étés chauds et secs, hivers doux et humides — a favorisé l'apparition d'une flore unique, adaptée à des conditions de sécheresse estivale. Cette flore comprend des formations végétales emblématiques : maquis, garrigue, forêts sclérophylles de chênes verts et de chênes-lièges.

La France dans le hotspot

La France métropolitaine est partiellement incluse dans le hotspot méditerranéen. Les départements du pourtour méditerranéen (Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault, Gard, Bouches-du-Rhône, Var, Alpes-Maritimes, Corse) abritent une flore et une faune d'affinité méditerranéenne d'une richesse exceptionnelle pour l'Europe occidentale.

Mais la France est aussi concernée par d'autres hotspots à travers ses territoires ultramarins :

  • Madagascar et îles de l'océan Indien : Mayotte et les Îles Éparses
  • Îles des Caraïbes : Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin, Saint-Barthélemy
  • Polynésie-Micronésie : Polynésie française
  • Nouvelle-Calédonie : hotspot à part entière, avec environ 2 432 espèces végétales endémiques sur un territoire de 18 576 km²

Au total, la France est présente dans cinq hotspots de biodiversité, ce qui en fait l'un des pays les plus concernés au monde par la conservation de ces zones critiques.

La réévaluation mondiale de 2025 : un tournant

En octobre 2025, un consortium international mené par l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), en partenariat avec le CEPF, Conservation International, les Jardins botaniques royaux de Kew, l'Université de Newcastle, Re:wild et la Société zoologique de Londres (ZSL), a lancé la première réévaluation complète des hotspots de biodiversité depuis plus de deux décennies.

Cette mise à jour, attendue pour 2027, vise à :

  • Actualiser les limites géographiques de chaque hotspot à la lumière des nouvelles données satellitaires et taxonomiques
  • Intégrer les données de la Liste rouge de l'UICN mises à jour (172 620 espèces évaluées dans la version 2025.2)
  • Évaluer l'efficacité des aires protégées existantes au sein des hotspots
  • Mesurer l'impact du changement climatique sur la redistribution des espèces
  • Identifier de potentiels nouveaux hotspots ou la fusion de hotspots existants

Cette réévaluation arrive à un moment charnière : le Cadre mondial de Kunming-Montréal (adopté en 2022 lors de la COP15) fixe l'objectif de protéger 30 % des terres et 30 % des mers d'ici 2030. Les hotspots de biodiversité constituent une cible prioritaire évidente pour atteindre cet objectif de manière efficace.

Conservation des hotspots : quels outils, quels résultats ?

Le CEPF : 325 millions de dollars mobilisés

Créé en 2000, le Critical Ecosystem Partnership Fund (CEPF) est l'instrument financier le plus directement lié aux hotspots. Ce fonds, soutenu par l'Agence française de développement (AFD), la Banque mondiale, Conservation International, l'Union européenne, le Japon et d'autres donateurs, finance des organisations de la société civile dans les hotspots.

En 25 ans d'existence, le CEPF a mobilisé 325 millions de dollars dans 25 des 36 hotspots. Ses subventions ont permis de renforcer la gestion de 57 millions d'hectares de Zones clés pour la biodiversité et de contribuer à la création de plus de 17 millions d'hectares d'aires protégées.

Le cadre « 30x30 » de Kunming-Montréal

L'objectif le plus emblématique du Cadre mondial pour la biodiversité est la cible 3, dite « 30x30 » : protéger 30 % des terres et 30 % des mers d'ici 2030. En 2026, environ 17 % des terres et 8 % des mers bénéficient d'un statut de protection. L'écart à combler est considérable, et les hotspots figurent en tête des priorités de conservation.

Comme le souligne notre article sur la sixième extinction de masse, le rythme actuel d'extinction est 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel. Concentrer les efforts de protection sur les hotspots est l'une des stratégies les plus efficientes pour ralentir cette érosion.

Les limites de l'approche hotspot

Le concept de hotspot n'est pas exempt de critiques dans la communauté scientifique :

  • Biais taxonomique : les critères reposent essentiellement sur les plantes vasculaires et ne capturent pas la diversité des champignons, micro-organismes ou invertébrés
  • Focus terrestre : les écosystèmes marins et d'eau douce ne sont pas couverts
  • Seuil arbitraire : les deux critères quantitatifs (1 500 espèces, 70 % de perte) sont des conventions, pas des lois naturelles
  • Effet de bord : une région juste en dessous du seuil de 1 500 espèces endémiques n'est pas moins importante pour autant

Ces limites n'invalident pas le concept : elles appellent à le compléter par d'autres outils de priorisation (Zones clés pour la biodiversité, analyses de viabilité des populations, corridors écologiques).

FAQ

Combien y a-t-il de hotspots de biodiversité dans le monde ?

Il existe actuellement 36 hotspots de biodiversité reconnus. Le dernier en date, la Plaine côtière nord-américaine, a été ajouté en 2016. Une réévaluation globale lancée en 2025 par l'UICN et ses partenaires pourrait modifier ce nombre d'ici 2027.

La France fait-elle partie d'un hotspot de biodiversité ?

Oui, la France est concernée par cinq hotspots : le bassin méditerranéen (sud de la métropole et Corse), Madagascar et îles de l'océan Indien (Mayotte), les Îles des Caraïbes (Antilles françaises), la Polynésie-Micronésie (Polynésie française) et la Nouvelle-Calédonie (hotspot à part entière). C'est l'un des pays les plus représentés dans les hotspots grâce à ses territoires ultramarins.

Quelle est la différence entre un hotspot et une aire protégée ?

Un hotspot est une zone géographique identifiée pour sa biodiversité exceptionnelle et menacée — c'est un outil de priorisation scientifique. Une aire protégée est un espace doté d'un statut juridique de protection (parc national, réserve naturelle, site Natura 2000). Les deux concepts se chevauchent souvent, mais un hotspot n'est pas automatiquement protégé, et une aire protégée peut se situer en dehors d'un hotspot.

Les hotspots de biodiversité peuvent-ils disparaître ?

Un hotspot ne « disparaît » pas de la liste, mais il peut perdre la totalité de sa végétation résiduelle, rendant toute restauration extrêmement difficile. Certains hotspots, comme les forêts atlantiques du Brésil (12 % de couverture restante) ou les Philippines (7 % de végétation primaire restante), sont dans une situation critique où chaque hectare préservé compte.

Comment sont financés les programmes de conservation dans les hotspots ?

Le principal mécanisme dédié est le CEPF (Critical Ecosystem Partnership Fund), qui a mobilisé 325 millions de dollars en 25 ans. S'y ajoutent les financements bilatéraux (AFD, GIZ, USAID), les fonds multilatéraux (FEM, Fonds vert pour le climat) et les budgets nationaux des pays concernés. Le Cadre de Kunming-Montréal fixe un objectif de 200 milliards de dollars par an pour la biodiversité d'ici 2030, mais les flux actuels restent très en dessous de cette cible.

Sources

Pour aller plus loin

Les hotspots de biodiversité sont un outil de priorisation, pas une fin en soi. Ils permettent de répondre à une question simple mais cruciale : avec des moyens limités, où investir pour sauver le maximum de biodiversité irremplaçable ?

La réévaluation lancée en 2025 par l'UICN et ses partenaires marquera un tournant. En intégrant les données les plus récentes sur le changement climatique, la perte d'habitat et la taxonomie, elle fournira une carte actualisée des priorités mondiales de conservation — un outil indispensable pour atteindre les objectifs de Kunming-Montréal d'ici 2030.

Pour comprendre les mécanismes d'effondrement de la biodiversité à l'échelle planétaire, consultez notre dossier sur les services écosystémiques et les limites planétaires.

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