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Empreinte carbone : définition, calcul et réduction au quotidien

12 min de lecture

8,2 tonnes de CO₂ équivalent par personne et par an. C'est l'empreinte carbone moyenne d'un Français en 2024, selon les dernières données copubliées par l'Insee et le SDES en octobre 2025. Un chiffre en baisse de 3,4 % par rapport à 2023 — et le plus bas niveau enregistré depuis 1990 — mais encore quatre fois supérieur à l'objectif de 2 tonnes nécessaire pour respecter l'Accord de Paris.

Qu'est-ce que l'empreinte carbone, exactement ? Comment la mesure-t-on ? Et surtout, quels leviers actionner pour la réduire concrètement ? Cet article fait le point, méthodes de calcul comprises.

En résumé : L'empreinte carbone mesure la quantité totale de gaz à effet de serre (GES) émise directement et indirectement par une personne, une organisation ou un produit. En France, elle se calcule par deux grandes approches : l'analyse micro (ACV, Bilan Carbone) et la modélisation macro-économique. Les trois postes principaux — transport (30 %), logement (23 %) et alimentation (22 %) — concentrent les trois quarts des émissions individuelles.

Empreinte carbone : de quoi parle-t-on ?

L'empreinte carbone désigne la quantité totale de gaz à effet de serre (GES) associée à une activité, un produit, une organisation ou un individu. Elle s'exprime en tonnes ou kilogrammes de CO₂ équivalent (CO₂e), une unité qui permet de comparer l'effet réchauffant des différents GES — méthane, protoxyde d'azote, gaz fluorés — en les ramenant à l'équivalent d'une tonne de dioxyde de carbone.

Le concept a été popularisé par BP en 2004 dans une campagne publicitaire, mais il repose sur des bases scientifiques solides. Ce qui distingue l'empreinte carbone d'un simple bilan d'émissions, c'est la prise en compte des émissions importées : celles générées à l'étranger pour fabriquer les biens que nous consommons en France (source : Ministère de la Transition écologique — SDES).

Empreinte carbone versus empreinte territoriale

Il ne faut pas confondre les deux :

  • Empreinte territoriale : les émissions de GES produites sur le sol français (industrie, transport, agriculture, bâtiment). C'est ce que mesurent les inventaires nationaux transmis à la CCNUCC
  • Empreinte carbone : les émissions territoriales plus les émissions liées aux importations, moins celles liées aux exportations. Elle reflète la pression réelle exercée par la consommation française sur le climat

En 2024, l'empreinte carbone de la France est estimée à 563 millions de tonnes de CO₂e, soit environ 8,2 tonnes par habitant. L'empreinte territoriale, elle, se situe autour de 373 Mt CO₂e — un écart qui montre que près d'un tiers de notre impact climatique est « délocalisé » dans les pays qui fabriquent ce que nous importons (source : Insee/SDES, octobre 2025).

Comment calcule-t-on l'empreinte carbone ?

Deux grandes familles de méthodes coexistent, selon que l'on cherche à mesurer l'empreinte d'un produit, d'une organisation ou d'un pays entier (source : SDES — Empreinte carbone : ACV ou approche macro).

L'approche micro : ACV et Bilan Carbone

L'analyse de cycle de vie (ACV)

L'ACV est une méthode normalisée (ISO 14040 et ISO 14044) qui quantifie les impacts environnementaux d'un produit ou d'un service sur l'ensemble de son cycle de vie : extraction des matières premières, fabrication, transport, utilisation, fin de vie. Elle couvre plusieurs catégories d'impact — pas seulement le carbone — et permet de comparer des alternatives (source : Carbo — ACV définition et méthode).

Exemple concret : une ACV d'un t-shirt en coton comptabilise les émissions liées à la culture du coton (irrigation, engrais, pesticides), au filage et tissage (énergie industrielle), à la teinture (produits chimiques), au transport maritime, à la vente en magasin, aux lavages pendant sa durée de vie, et à son élimination ou recyclage.

Le Bilan Carbone

La méthode Bilan Carbone a été développée par l'ADEME en 2002, puis transférée à l'Association pour la transition bas carbone (ABC). C'est la méthode la plus utilisée en France pour les organisations. Elle fonctionne par facteurs d'émission : on multiplie une donnée d'activité (kilomètres parcourus, kWh consommés, tonnes de matériaux achetés) par un facteur d'émission issu de la base de données ADEME (source : Sami — Bilan carbone vs ACV).

Depuis janvier 2025, la méthode Bilan Carbone V9 introduit trois niveaux de maturité (Initial, Standard, Avancé) et un passage de 5 à 7 étapes, pour mieux guider les organisations dans leur démarche.

Les scopes du GHG Protocol

Au niveau international, le GHG Protocol (créé en 1998) structure les émissions en trois périmètres :

ScopeContenuExemple
Scope 1Émissions directes (combustibles, procédés)Gaz brûlé dans la chaudière de l'usine
Scope 2Émissions indirectes liées à l'énergie achetéeÉlectricité consommée par les bureaux
Scope 3Toutes les autres émissions indirectesFournisseurs, déplacements des salariés, fin de vie des produits

Le scope 3 représente souvent plus de 60 % des émissions totales d'une entreprise. C'est aussi le plus complexe à mesurer — et celui que le BEGES réglementaire français rend obligatoire depuis 2023 pour les entreprises de plus de 500 salariés (250 en outre-mer), via une nomenclature en six catégories alignée sur l'ISO/TR 14069 (source : Greenly — Scopes 1, 2, 3).

L'approche macro-économique

Pour estimer l'empreinte carbone d'un pays, les instituts statistiques utilisent des modèles macro-économiques fondés sur les tableaux entrées-sorties internationaux (données monétaires de production, d'importation et d'exportation). C'est cette méthode que l'Insee et le SDES utilisent depuis 2024 pour la France.

Son avantage : elle capte les émissions importées que les inventaires territoriaux ignorent. Sa limite : elle repose sur des données économiques moyennes par secteur et par pays, qui lissent les différences entre entreprises.

L'empreinte carbone des Français : où en est-on ?

Les chiffres 2024

En 2024, l'empreinte carbone de la France atteint 563 Mt CO₂e, en baisse de 3,4 % par rapport à 2023 — une diminution plus modeste que celle de 2023 (moins 4,8 %) mais qui prolonge une tendance amorcée en 2005. Ramenée à la population, elle s'établit à 8,2 tonnes de CO₂e par personne (source : Insee/SDES, octobre 2025).

Répartition par poste

Selon l'ADEME, les trois postes principaux concentrent les trois quarts de l'empreinte individuelle :

PosteÉmissions moyennesPart du total
Transport2,8 t CO₂e/hab30 %
Logement2,2 t CO₂e/hab23 %
Alimentation2,1 t CO₂e/hab22 %
Consommation (biens, services)1,6 t CO₂e/hab17 %
Services publics0,7 t CO₂e/hab8 %

Source : ADEME — Répartition de l'empreinte carbone des Français

Le facteur revenus

L'empreinte carbone est corrélée aux revenus : selon l'ADEME, un ménage gagnant moins de 750 euros par mois émet environ 7 tonnes par personne, contre 12 tonnes pour un revenu supérieur à 6 500 euros. Les postes transport et consommation de biens creusent l'écart : les ménages aisés voyagent davantage en avion et consomment plus de produits importés.

Comment réduire concrètement son empreinte carbone ?

L'objectif est clair : passer de 8,2 à 2 tonnes de CO₂e par personne d'ici 2050 pour être compatible avec un réchauffement limité à 1,5 °C. Voici les leviers les plus efficaces, classés par impact décroissant.

Transport : le premier levier (2,8 t/hab)

Le transport est le poste le plus émetteur — et celui sur lequel les marges de manœuvre individuelles sont les plus importantes.

  • Limiter l'avion : un aller-retour Paris–New York émet environ 1,8 tonne de CO₂e par passager, soit presque le budget carbone annuel compatible 2 °C. Privilégier le train pour les distances inférieures à 1 000 km
  • Passer au vélo ou aux transports en commun pour les trajets quotidiens : remplacer une voiture thermique par le vélo pour un trajet domicile-travail de 10 km divise par dix les émissions de ce trajet
  • Covoiturage : partager un trajet entre deux passagers divise les émissions par personne de moitié
  • Télétravail : supprimer un jour de trajet par semaine réduit les émissions transport de 20 %

Alimentation : chaque repas compte (2,1 t/hab)

Réduire la consommation de viande est le levier alimentaire le plus efficace : passer d'un régime riche en viande (plus de 100 g/jour) à un régime végétarien réduit l'empreinte alimentaire d'environ 1,2 tonne par an, selon une méta-analyse publiée dans Science (Poore & Nemecek, 2018).

  • Réduire la viande rouge : un kilo de bœuf émet entre 15 et 30 kg de CO₂e selon les systèmes d'élevage, contre 0,5 à 2 kg pour les légumineuses
  • Manger local et de saison : un fruit importé par avion émet 10 à 20 fois plus qu'un fruit local de saison
  • Limiter le gaspillage alimentaire : en France, un ménage gaspille en moyenne 30 kg d'aliments par an, dont 7 kg de produits encore emballés (ADEME, 2024)

Logement : isoler et décarboner (2,2 t/hab)

  • Isolation thermique : une rénovation énergétique performante (murs, toiture, fenêtres) peut diviser par deux ou trois les émissions liées au chauffage
  • Pompe à chaleur : remplacer une chaudière fioul par une pompe à chaleur réduit les émissions de chauffage de 70 à 90 %
  • Température : baisser le thermostat de 1 °C réduit la consommation de chauffage de 7 % en moyenne

Consommation : acheter moins, acheter mieux

  • Allonger la durée de vie des équipements : la fabrication d'un smartphone neuf émet environ 70 kg de CO₂e. Le garder quatre ans au lieu de deux divise cet impact par deux. Pensez aussi au recyclage des appareils électroniques en fin de vie
  • Seconde main : acheter un ordinateur reconditionné évite 70 à 80 % des émissions liées à la fabrication
  • Numérique : le streaming vidéo émet environ 36 g de CO₂e par heure en Wi-Fi. Pas négligeable quand on sait qu'un Français regarde en moyenne 3 h 30 de vidéo par jour

Mesurer pour agir

Le simulateur Nos Gestes Climat, développé par l'ADEME, permet à chacun de calculer son empreinte carbone personnelle en une quinzaine de minutes et d'identifier ses priorités d'action. L'outil est gratuit et accessible sur nosgestesclimat.fr (source : Gouvernement — Calculez votre empreinte carbone).

Les limites de l'empreinte carbone individuelle

L'empreinte carbone individuelle est un outil de sensibilisation utile, mais elle ne doit pas masquer un fait structurel : selon une étude de Carbone 4 (« Faire sa part ? », 2019), même en adoptant tous les écogestes possibles, un individu ne peut réduire son empreinte que de 25 % environ. Les 75 % restants dépendent de décisions collectives : politiques publiques, transformation des infrastructures, décarbonation de l'industrie et de l'énergie (source : Carbone 4 — Faire sa part ?).

Ce n'est pas une raison pour ne rien faire : les gestes individuels ont un effet d'entraînement social et politique, et s'inscrivent dans une démarche de développement durable plus large. Mais réduire l'empreinte carbone à la seule responsabilité individuelle serait intellectuellement malhonnête.

FAQ

Quelle est la différence entre bilan carbone et empreinte carbone ?

Le bilan carbone est une méthode de comptabilisation des émissions de GES à l'échelle d'une organisation (entreprise, collectivité). L'empreinte carbone est un concept plus large qui peut s'appliquer à un individu, un produit, une organisation ou un pays. Le Bilan Carbone (avec des majuscules) est une marque déposée par l'ABC ; l'empreinte carbone est un terme générique.

L'empreinte carbone de la France baisse-t-elle vraiment ?

Oui. L'empreinte carbone par habitant est passée de 12 tonnes en 2005 à 8,2 tonnes en 2024, soit une baisse de 32 % en vingt ans. Cette baisse s'explique par la décarbonation du mix électrique (déjà largement nucléaire), l'amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments et des véhicules, et la désindustrialisation partielle du territoire. La question est de savoir si le rythme est suffisant pour atteindre les 2 tonnes par habitant d'ici 2050.

Le BEGES est-il obligatoire pour toutes les entreprises ?

Non. Le BEGES réglementaire est obligatoire pour les entreprises de plus de 500 salariés en France métropolitaine (250 en outre-mer), les collectivités de plus de 50 000 habitants et les établissements publics de plus de 250 agents. Il doit être mis à jour tous les quatre ans et publié sur la plateforme de l'ADEME. Le non-respect expose à une amende pouvant atteindre 10 000 euros, doublée en cas de récidive (article L. 229-25 du Code de l'environnement). Pour un guide complet, consultez notre article sur le bilan GES obligatoire.

Quel est l'objectif de 2 tonnes, et d'où vient-il ?

L'objectif de 2 tonnes de CO₂e par personne et par an correspond au budget carbone individuel compatible avec un réchauffement limité à 1,5 °C d'ici la fin du siècle. Il est calculé à partir du budget carbone mondial restant (environ 400 Gt CO₂ pour un réchauffement de 1,5 °C selon le GIEC, AR6, 2021), divisé par la population mondiale projetée.

Comment compenser ses émissions de carbone ?

La « compensation carbone » consiste à financer des projets de réduction ou de séquestration de CO₂ (reforestation, énergies renouvelables, captage) pour « neutraliser » ses propres émissions. C'est un outil complémentaire, pas un substitut : l'ADEME recommande de réduire d'abord ses émissions au maximum, puis de compenser le résidu incompressible. La qualité des projets de compensation varie considérablement — privilégiez les labels reconnus (Gold Standard, Verified Carbon Standard).

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