Désertification : définition, causes et conséquences

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Chaque minute, l'équivalent de 23 hectares de terres productives disparaît sous l'effet de la désertification. Ce phénomène, souvent confondu à tort avec l'extension naturelle des déserts, est en réalité une dégradation des terres provoquée par la combinaison des activités humaines et des dérèglements climatiques. Il constitue l'une des crises environnementales les plus silencieuses et les plus graves du XXIe siècle.

Définition précise

La désertification est définie par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD) comme "la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et sub-humides sèches, résultant de divers facteurs, notamment les variations climatiques et les activités humaines".

Cette définition appelle plusieurs précisions importantes :

Ce n'est pas l'avancée des déserts. La désertification ne signifie pas que le Sahara progresse géographiquement. Elle désigne la perte de fertilité et de fonctionnalité biologique de terres qui étaient auparavant productives — savanes, steppes, terres agricoles.

Elle touche des zones spécifiques. Seules les régions arides, semi-arides et sub-humides sèches sont concernées — ce qui représente environ 40 % des terres émergées de la planète et 2 milliards d'habitants.

Elle est souvent irréversible. Contrairement à une sécheresse passagère, la désertification implique une dégradation durable des sols, de la végétation et des ressources en eau, dont la restauration prend des décennies.

Les causes principales

Surpâturage

Le pâturage excessif est la première cause de désertification dans les zones arides. Quand les troupeaux dépassent la capacité de charge des terres, la végétation est arrachée plus vite qu'elle ne repousse. Le sol se compacte, perd sa structure, devient imperméable aux pluies et sujet à l'érosion éolienne. Au Sahel, la pression démographique des dernières décennies a multiplié les têtes de bétail sans équivalent de gestion des parcours.

Déforestation et défrichement agricole

L'abattage des arbres et arbustes pour cultiver ou se chauffer supprime la couverture végétale qui stabilisait les sols. Les racines des arbres maintiennent la structure du sol et retiennent l'eau. Sans elles, les pluies — même rares — emportent les particules fines de la surface dans un processus d'érosion décrit en détail dans l'article sur l'érosion des sols.

Surexploitation agricole et mauvaise irrigation

Les pratiques agricoles intensives épuisent les nutriments du sol. La monoculture répétée sur les mêmes parcelles, sans jachère ni rotation, appauvrit progressivement les terres. La mauvaise irrigation dans les zones sèches entraîne par ailleurs la salinisation des sols : l'eau s'évapore en laissant ses sels minéraux en surface, rendant le terrain stérile.

Le changement climatique comme accélérateur

Le réchauffement climatique amplifie tous les facteurs précédents. Les sécheresses deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Les vagues de chaleur dessèchent la végétation. Les précipitations se concentrent sur des épisodes violents qui érodent les sols plutôt que de les alimenter en eau. Dans les zones déjà fragiles, cet effet amplificateur peut déclencher des processus de dégradation irréversibles. La déforestation mondiale contribue elle aussi au dérèglement des cycles hydrologiques régionaux.

Les zones touchées dans le monde

Le Sahel : épicentre de la crise

La bande sahélienne — de la Mauritanie à l'Éthiopie — est la zone la plus emblématique. Trente pour cent des terres cultivables du Sahel sont actuellement dans un état de dégradation avancée. La combinaison de la croissance démographique, de la pression sur les terres et des sécheresses récurrentes (dont celles catastrophiques des années 1970-1980) a fragilisé des écosystèmes entiers.

Le pourtour méditerranéen

L'Europe n'est pas épargnée. Le sud de l'Espagne, la Grèce, le Portugal, la Tunisie et le Maroc sont tous concernés. En Espagne, certaines régions du sud-est subissent une aridification documentée qui les rapproche des conditions semi-désertiques. Le changement climatique accélère ce phénomène sur tout le bassin méditerranéen.

L'Asie centrale et la Chine du Nord

La dégradation des steppes eurasiatiques et la progression des déserts de Gobi et de Taklamakan menacent des dizaines de millions de personnes. La Chine a investi massivement dans des programmes de reboisement pour contenir ces phénomènes.

Conséquences économiques et humaines

La désertification n'est pas qu'un problème écologique. Ses conséquences humaines sont directes et dramatiques :

Pertes agricoles : des millions d'hectares deviennent improductifs chaque année, menaçant la sécurité alimentaire de populations déjà vulnérables.

Migrations climatiques : la perte des terres productives est l'une des causes de migrations forcées les plus importantes du monde. L'UNCCD estime que 135 millions de personnes sont menacées de déplacement par la désertification dans les prochaines décennies.

Conflits pour les ressources : la raréfaction des terres fertiles et des ressources en eau attise les tensions entre communautés d'éleveurs et d'agriculteurs, en Afrique sahélienne notamment.

Les neuf limites planétaires identifiées par les scientifiques incluent l'intégrité de la biosphère et les flux biogéochimiques, deux dimensions directement affectées par la désertification.

Les solutions : restaurer ce qui peut encore l'être

La Grande Muraille Verte

Le projet le plus ambitieux de lutte contre la désertification au Sahel est la Grande Muraille Verte, initiative phare de l'Union africaine lancée en 2007. L'objectif : restaurer 100 millions d'hectares de terres dégradées d'ici 2030, sur un couloir de 8 000 km reliant Dakar à Djibouti, en traversant 11 pays.

Les progrès sont réels mais lents. En 2023, environ 8 millions d'hectares avaient bénéficié de programmes de gestion durable des ressources. Plus de 1,5 million de personnes vulnérables ont reçu un soutien direct, et 906 000 exploitations agricoles familiales ont amélioré leur performance économique. Le défi de la gouvernance, du financement et de la coordination entre États reste immense.

L'agroforesterie

Intégrer des arbres dans les systèmes agricoles est l'une des solutions les plus efficaces et les moins coûteuses. Les arbres fixent le sol, créent de l'ombre qui limite l'évaporation, améliorent la structure du sol via leurs racines et la matière organique de leurs feuilles mortes. En Afrique sahélienne, des techniques ancestrales comme le Farmer Managed Natural Regeneration (FMNR) — qui consiste à protéger et gérer les repousses naturelles d'arbres dans les champs — ont permis de reverdir des millions d'hectares au Niger.

La gestion durable des parcours

Adapter la charge animale à la capacité de régénération des terres, pratiquer la rotation des pâturages, associer élevage et agriculture : ces pratiques permettent de maintenir la végétation tout en conservant les modes de vie pastoraux.

Sources

Conclusion

La désertification est une dégradation silencieuse, sans spectacle médiatique immédiat, mais dont les effets cumulatifs compromettent la sécurité alimentaire et les équilibres sociaux de régions entières. Face à ce processus, les solutions existent et ont fait leurs preuves — agroforesterie, gestion des parcours, reboisement. Ce qui manque n'est pas la technique, mais l'urgence politique et les financements à la hauteur du problème.

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