Déforestation : définition, causes et conséquences mondiales

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10,9 millions d'hectares de forêt disparaissent chaque année. C'est le constat dressé par l'Évaluation des ressources forestières mondiales 2025 (FRA 2025) de la FAO. À ce rythme, la planète a perdu 489 millions d'hectares de couvert forestier depuis 1990 — une superficie supérieure à celle de l'Union européenne tout entière.

Derrière ces chiffres, un mécanisme aux ramifications profondes : la déforestation transforme les équilibres climatiques, accélère l'extinction des espèces et fragilise les moyens de subsistance de 1,6 milliard de personnes. Comprendre ses causes, mesurer ses conséquences et identifier les leviers d'action est un préalable à toute réponse efficace.

En résumé : La déforestation désigne la conversion permanente de surfaces forestières en terres non boisées, principalement agricoles. L'agriculture commerciale en est responsable à 90 %. Les forêts tropicales d'Amazonie, d'Asie du Sud-Est et d'Afrique subsaharienne concentrent la quasi-totalité des pertes. Ses conséquences touchent le cycle du carbone, la biodiversité et les populations locales. Des solutions existent : REDD+, certifications FSC/PEFC, moratoires et réglementation européenne.

Définition et mesure de la déforestation

La déforestation désigne la conversion durable d'une zone forestière en un autre usage des sols : pâturage, culture, urbanisation ou exploitation minière. Elle se distingue de la dégradation forestière, qui réduit la densité ou la qualité d'une forêt sans faire disparaître la couverture arborée.

La FAO définit la forêt comme un espace de plus de 0,5 hectare couvert à au moins 10 % par des arbres atteignant 5 mètres de hauteur à maturité. Cette définition sert de référence pour les évaluations mondiales, publiées tous les cinq ans dans le rapport FRA (Forest Resources Assessment).

Chiffres clés (FRA 2025)

PériodeDéforestation annuelle brutePerte nette annuelle
1990-200017,6 M ha/an10,7 M ha/an
2000-201513,6 M ha/an4,1 M ha/an
2015-202510,9 M ha/an4,1 M ha/an

La superficie forestière mondiale atteint aujourd'hui 4,14 milliards d'hectares, soit 32 % des terres émergées et 0,50 hectare par habitant. Les forêts primaires — celles qui n'ont jamais été significativement altérées par l'activité humaine — représentent au moins 1,18 milliard d'hectares, soit 29 % du total (source : FAO FRA 2025).

La tendance est à la baisse, mais le rythme reste insuffisant. En 2024, Global Forest Watch a enregistré la destruction de 6,7 millions d'hectares de forêt primaire tropicale — un chiffre en hausse de 80 % par rapport à 2023, en grande partie à cause d'incendies exceptionnels.

Les causes de la déforestation par région

L'expansion agricole est responsable d'environ 90 % de la déforestation mondiale, selon la FAO. Les moteurs varient toutefois considérablement d'une région à l'autre.

Amazonie : élevage bovin et soja

L'élevage représente environ 65 % de la déforestation en Amazonie brésilienne. Les pâturages destinés aux bovins ont remplacé 45 millions d'hectares de forêt entre 2001 et 2015, selon le WWF. La production mondiale de viande bovine a plus que doublé depuis les années 1960, exerçant une pression croissante sur les espaces forestiers.

Le soja constitue le deuxième facteur. Destiné à 87 % à l'alimentation animale (notamment pour les élevages européens), il grignote désormais le Cerrado — une savane arborée de 200 millions d'hectares au sud de l'Amazonie, dont la moitié a déjà disparu. Le moratoire sur le soja amazonien, en vigueur depuis 2006, a réduit la déforestation directe liée à cette culture à 1,2 % dans la région, mais a déplacé la pression vers le Cerrado.

En 2024, le Brésil a enregistré 2,8 millions d'hectares de perte de forêt primaire, dont les deux tiers attribués à des incendies — un niveau record depuis 2016.

Asie du Sud-Est : huile de palme

La production d'huile de palme est le principal moteur de déforestation en Indonésie et en Malaisie, qui concentrent 85 % de la production mondiale. Les plantations couvrent 27 millions d'hectares, et plus de 30 % de la déforestation indonésienne leur est directement imputable.

La situation est particulièrement critique sur les tourbières : 3 millions d'hectares de ces écosystèmes riches en carbone ont été convertis en plantations à Sumatra et Kalimantan. La destruction des forêts de plaine menace des espèces emblématiques comme l'orang-outan et le tigre de Sumatra.

Afrique subsaharienne : agriculture vivrière et charbon de bois

L'Afrique subsaharienne affiche le taux de déforestation le plus élevé au monde : 4,41 millions d'hectares par an entre 2015 et 2020. Contrairement à l'Amazonie ou à l'Asie du Sud-Est, les causes relèvent davantage de l'agriculture vivrière de subsistance et de la production de charbon de bois comme source d'énergie domestique. La croissance démographique rapide amplifie ces dynamiques.

Le Bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical après l'Amazonie, est particulièrement menacé. La pression foncière y augmente sous l'effet combiné de l'exploitation forestière, de l'expansion agricole et des projets miniers.

Conséquences sur le climat et le cycle du carbone

Les forêts absorbent environ 30 % des émissions mondiales de CO₂ chaque année. Elles stockent collectivement 860 milliards de tonnes de carbone (GtC) dans leur biomasse et leurs sols — ce qui en fait le deuxième puits de carbone terrestre après les océans.

La déforestation inverse ce mécanisme. En 2023, les émissions liées à la destruction des forêts ont représenté 3,8 milliards de tonnes d'équivalent CO₂, soit environ 10 % des émissions anthropiques mondiales. Si la déforestation était un pays, elle se classerait au quatrième rang mondial des émetteurs, après la Chine, les États-Unis et l'Inde (source : Canopée).

Le problème est double. Lorsqu'une forêt est abattue ou brûlée, elle libère le carbone stocké. Mais elle cesse aussi d'absorber le CO₂ atmosphérique, réduisant la capacité globale de régulation. En Amazonie, certaines zones déboisées sont devenues émettrices nettes de carbone — un basculement qui illustre les limites des mécanismes d'absorption naturels.

Le réchauffement climatique aggrave le phénomène : des sécheresses plus longues et des températures plus élevées augmentent la fréquence et l'intensité des feux de forêt, qui deviennent eux-mêmes la première cause de perte forestière tropicale en 2024.

Conséquences sur la biodiversité

Les forêts tropicales humides ne couvrent que 7 % des terres émergées, mais abritent entre 50 et 70 % des espèces terrestres connues. La déforestation constitue la première menace directe pesant sur cette biodiversité.

L'UICN a évalué plus de 8 000 espèces menacées : la destruction des habitats — déforestation en tête — figure parmi les causes dominantes de leur déclin, aux côtés de la surexploitation et des espèces invasives. Les études compilant des données sur près de 900 espèces tropicales montrent des réductions de diversité supérieures à 50 % chez les fourmis et les lézards après conversion forestière.

Les pertes ne se limitent pas aux espèces visibles. La déforestation détruit des réseaux d'interactions écologiques : champignons mycorhiziens, pollinisateurs, prédateurs régulateurs. Ces services écosystémiques disparaissent avec la forêt, sans possibilité de restauration rapide.

Le Mexique, l'Indonésie et Madagascar comptent le plus grand nombre d'espèces menacées au monde — trois pays où la pression sur les forêts reste intense. La fragmentation des habitats amplifie le problème : des populations isolées voient leur diversité génétique s'appauvrir, les rendant vulnérables aux maladies et aux aléas climatiques.

La déforestation importée : un enjeu européen

L'Europe contribue indirectement à la déforestation mondiale par ses importations de matières premières. Selon le WWF, 60 % de la déforestation importée dans l'UE provient des denrées alimentaires : soja (60 % des importations liées à la déforestation), huile de palme (12 %), cacao (8 %), café (4 %) et caoutchouc (3 %).

Le Règlement européen sur la déforestation (EUDR), adopté en 2023, impose aux entreprises de garantir que sept matières premières (soja, huile de palme, bois, cacao, café, caoutchouc, bétail) et leurs produits dérivés n'ont pas contribué à la déforestation après décembre 2020. Son entrée en application, prévue initialement fin 2024, a été reportée à fin 2025 pour laisser aux opérateurs le temps de s'adapter.

Ce règlement s'inscrit dans une logique de responsabilisation des chaînes d'approvisionnement. Il rejoint les préoccupations plus larges de réduction de l'empreinte carbone liée à la consommation européenne.

Solutions et leviers d'action

REDD+ : le mécanisme onusien

Le programme REDD+ (Réduction des Émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts) vise à rémunérer financièrement les pays en développement qui protègent leurs forêts. Intégré à l'Accord de Paris, il repose sur la mesure, le reporting et la vérification des stocks de carbone forestier. Son efficacité reste inégale : les résultats sont encourageants dans certains pays (Costa Rica, Indonésie) mais limités là où la gouvernance est faible.

Certifications FSC et PEFC

Le Forest Stewardship Council (FSC) et le Programme for the Endorsement of Forest Certification (PEFC) certifient les pratiques de gestion forestière durable. Choisir du bois certifié permet de couper la route au bois illégal, qui représente entre 15 et 30 % du commerce mondial de bois selon Interpol. Ces certifications couvrent aujourd'hui plus de 500 millions d'hectares de forêts dans le monde.

Moratoires sectoriels

Le moratoire sur le soja amazonien (2006) a démontré qu'un engagement du secteur privé peut réduire la déforestation. Malgré une multiplication par quatre des surfaces plantées en Amazonie entre 2007 et 2022, la déforestation directement liée au soja n'a représenté que 250 000 hectares sur cette période. Ce modèle inspire d'autres filières, même si les déplacements de pression vers des écosystèmes non protégés (comme le Cerrado) en limitent la portée.

Surveillance satellitaire

La plateforme Global Forest Watch utilise l'imagerie satellite pour détecter en temps quasi réel les défrichements. Ouverte aux ONG, aux communautés locales et aux autorités, elle permet des interventions rapides sur le terrain. Le suivi par satellite rend la déforestation plus difficile à dissimuler et renforce la transparence.

Reconnaissance des droits fonciers autochtones

Les territoires gérés par les peuples autochtones affichent des taux de déforestation systématiquement inférieurs aux zones environnantes. La reconnaissance juridique de leurs droits fonciers — comme ce fut le cas pour le peuple munduruku fin 2024 — constitue un levier de protection à faible coût et à forte efficacité.

Sources

Conclusion

La déforestation reste l'un des processus les plus destructeurs à l'échelle planétaire. Si le rythme ralentit depuis trois décennies — de 17,6 à 10,9 millions d'hectares par an —, les pertes restent massives et les incendies de 2024 rappellent la fragilité des progrès accomplis. L'agriculture commerciale, premier moteur de la destruction forestière, appelle une transformation profonde des chaînes d'approvisionnement mondiales.

Les outils existent : mécanismes financiers (REDD+), certifications (FSC, PEFC), réglementations (EUDR), surveillance satellitaire et reconnaissance des droits autochtones. Leur efficacité dépend de la volonté politique et de la mobilisation des acteurs économiques. À l'échelle individuelle, réduire la consommation de produits issus de filières à risque — viande bovine, soja, huile de palme — constitue un levier direct sur la demande qui alimente la déforestation dans les neuf limites planétaires identifiées par la science.

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