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Cycle du carbone : comprendre le mécanisme en 5 minutes

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Cycle du carbone : comprendre le mécanisme en 5 minutes

Le carbone est partout : dans l'air que nous respirons, dans les plantes, dans les océans, dans nos corps. Élément chimique fondamental du vivant, il circule en permanence entre différents réservoirs terrestres selon un mécanisme complexe appelé le cycle du carbone. Comprendre ce cycle est essentiel pour saisir les enjeux du changement climatique actuel. Voici un décryptage complet et accessible de ce processus naturel aujourd'hui perturbé par l'activité humaine.

Qu'est-ce que le cycle du carbone ?

Définition

Le cycle du carbone est le déplacement du carbone, sous ses diverses formes chimiques, entre la surface de la Terre, son intérieur et l'atmosphère. Il s'agit d'un cycle biogéochimique qui correspond à l'ensemble des échanges d'éléments carbonés sur notre planète.

Ce cycle permet de réguler la quantité de dioxyde de carbone (CO₂) dans l'atmosphère, un gaz à effet de serre majeur qui influence directement le climat terrestre. Sans ce mécanisme naturel d'équilibre, la vie telle que nous la connaissons ne pourrait exister.

Les quatre grands réservoirs de carbone

Selon le CEA, on distingue quatre grands réservoirs naturels de carbone sur Terre :

L'atmosphère : le carbone y est présent principalement sous forme de CO₂ et de méthane (CH₄). Ce réservoir contient environ 850 gigatonnes de carbone.

La lithosphère : les sols et sous-sols stockent du carbone dans la matière organique (humus, tourbe) et sous forme minérale (roches calcaires, combustibles fossiles). C'est le plus grand réservoir avec plusieurs milliers de gigatonnes.

L'hydrosphère : les océans, mers, lacs et rivières contiennent du carbone dissous sous forme de CO₂, de carbonates et de bicarbonates. Les océans stockent environ 38 000 gigatonnes de carbone, soit 50 fois plus que l'atmosphère.

La biosphère : tous les organismes vivants (végétaux, animaux, bactéries, champignons) contiennent du carbone dans leurs cellules. Ce réservoir représente environ 550 gigatonnes.

Les mécanismes naturels du cycle du carbone

Les trois processus fondamentaux

Le cycle du carbone repose sur trois mécanismes principaux qui permettent les échanges entre réservoirs :

La photosynthèse : les plantes, algues et certaines bactéries captent le CO₂ atmosphérique et le transforment en matière organique (glucose, cellulose) grâce à l'énergie solaire. Ce processus retire environ 120 gigatonnes de carbone de l'atmosphère chaque année.

La respiration : tous les êtres vivants respirent et rejettent du CO₂ dans l'atmosphère en décomposant la matière organique pour produire de l'énergie. Ce processus libère environ 60 gigatonnes de carbone par an.

L'oxydation et la décomposition : lorsque les organismes meurent, leur matière organique est décomposée par des bactéries et des champignons, ce qui libère du CO₂ dans l'atmosphère ou dans les sols.

Le cycle rapide : échanges biosphère-atmosphère

Le principal flux de carbone s'établit entre la biosphère et l'atmosphère, à hauteur d'environ 60 gigatonnes par an. Ce cycle rapide fonctionne à l'échelle de quelques années à quelques décennies :

  1. Les plantes captent le CO₂ atmosphérique via la photosynthèse
  2. Le carbone s'intègre dans la biomasse végétale (troncs, feuilles, racines)
  3. Les herbivores consomment les plantes et intègrent ce carbone
  4. Les carnivores consomment les herbivores (transfert de carbone)
  5. La respiration de tous ces organismes libère du CO₂
  6. La mort et la décomposition des organismes restituent le carbone au sol ou à l'atmosphère

Ce cycle naturel était parfaitement équilibré avant l'ère industrielle : la quantité de carbone capté par photosynthèse égalait celle libérée par la respiration et la décomposition.

Le cycle lent : océans, sols et roches

En parallèle du cycle rapide, un cycle lent opère sur des échelles de temps géologiques (milliers à millions d'années) :

Les océans : le transfert de carbone au sein de l'océan inclut son absorption à la surface (dissolution du CO₂ atmosphérique) et sa circulation vers les profondeurs par les courants marins. Une partie de ce carbone se transforme en carbonates qui précipitent au fond des océans, formant des roches calcaires.

Les sols : la matière organique morte s'accumule dans les sols et peut y être stockée pendant des siècles sous forme d'humus ou de tourbe dans les zones humides.

Les roches sédimentaires : sur des millions d'années, les restes d'organismes marins forment des roches calcaires ou des combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) qui séquestrent le carbone dans la lithosphère.

Le volcanisme : les éruptions volcaniques libèrent du CO₂ provenant de la décomposition de roches carbonatées dans le manteau terrestre, restituant ainsi le carbone à l'atmosphère après des millions d'années.

Le rôle clé des océans dans le cycle du carbone

Les océans jouent un rôle majeur et souvent sous-estimé dans la régulation du climat terrestre. Ils constituent un puits de carbone permettant de maintenir un cycle équilibré en stockant cet élément chimique à long terme et en grande quantité.

Absorption du CO₂ atmosphérique

Le CO₂ se dissout naturellement dans l'eau de mer. Ce processus, appelé pompe physico-chimique, est d'autant plus efficace que l'eau est froide. C'est pourquoi les océans polaires (Atlantique Nord, océan Austral) absorbent davantage de CO₂ que les eaux tropicales.

Actuellement, les océans absorbent environ 25 à 30% des émissions de CO₂ d'origine humaine, soit environ 2,5 gigatonnes de carbone par an. Sans cette absorption océanique, la concentration atmosphérique de CO₂ serait nettement plus élevée.

La pompe biologique

Les phytoplanctons (micro-algues marines) réalisent la photosynthèse en captant le CO₂ dissous. Lorsqu'ils meurent, ils coulent vers les profondeurs océaniques, emportant le carbone avec eux. Ce processus, appelé pompe biologique, séquestre le carbone dans les eaux profondes pendant des siècles.

Les limites de l'absorption océanique

L'absorption de CO₂ par les océans a cependant des conséquences problématiques : l'acidification des océans, l'une des neuf limites planétaires récemment franchie. Lorsque le CO₂ se dissout dans l'eau, il forme de l'acide carbonique, ce qui diminue le pH de l'eau de mer. Cette acidification menace de nombreux organismes marins, notamment ceux qui fabriquent des coquilles ou des squelettes calcaires (coraux, mollusques, certains planctons).

Les forêts : poumons de la planète et réservoirs de carbone

La forêt, puits de carbone temporaire

Sur les continents, les forêts jouent un rôle crucial de stockage de carbone. Pendant sa phase de croissance initiale, une forêt agit comme un puits de carbone : la masse de carbone sous forme de branches, racines et humus augmente progressivement.

Une forêt mature stocke le carbone dans :

  • La biomasse aérienne : troncs, branches, feuilles (environ 50% du carbone forestier)
  • La biomasse souterraine : racines (environ 20%)
  • La matière organique du sol : humus, litière en décomposition (environ 30%)
  • Le bois mort : troncs et branches au sol

À l'échelle mondiale, les forêts stockent environ 861 gigatonnes de carbone, soit plus que ce qui se trouve dans l'atmosphère.

Forêt mature : un équilibre dynamique

Une forêt mature atteint un état d'équilibre : la quantité de carbone capté par la photosynthèse égale celle libérée par la respiration et la décomposition. Elle ne stocke donc plus de carbone supplémentaire, mais elle maintient un stock important qui, s'il était libéré (par déforestation ou incendie), contribuerait massivement au réchauffement climatique.

Déforestation et émissions de carbone

La déforestation, particulièrement en zone tropicale, représente environ 10% des émissions mondiales de CO₂. Lorsqu'une forêt est coupée ou brûlée, tout le carbone stocké est rapidement libéré dans l'atmosphère. De plus, la capacité de ces écosystèmes à capter du CO₂ disparaît, aggravant le déséquilibre du cycle du carbone.

La perturbation anthropique du cycle du carbone

L'ère industrielle : rupture de l'équilibre

Depuis les années 1850 et la révolution industrielle, la quantité de carbone dans l'atmosphère augmente de manière continue à cause des activités humaines. Deux facteurs principaux expliquent cette perturbation :

La consommation d'énergies fossiles : charbon, pétrole et gaz naturel sont des stocks de carbone ancien, formés il y a des millions d'années. En les brûlant, nous restituons massivement et rapidement ce carbone à l'atmosphère.

Les changements d'usage des sols : déforestation, agriculture intensive et urbanisation réduisent la capacité des écosystèmes terrestres à stocker le carbone, tout en libérant celui qui était séquestré dans la végétation et les sols.

Des chiffres alarmants

Depuis le début de l'ère industrielle, la concentration moyenne de CO₂ atmosphérique a augmenté de 42%, passant d'environ 280 parties par million (ppm) en 1850 à plus de 420 ppm aujourd'hui.

Les interactions humaines avec l'environnement rajoutent chaque année environ 20 milliards de tonnes de CO₂ dans l'atmosphère, soit environ 5,5 gigatonnes de carbone. C'est dix fois plus rapide que les émissions naturelles du cycle lent.

La capacité limitée des puits naturels

Au total, les puits biosphériques (forêts, sols) et océaniques absorbent en moyenne l'équivalent de 55% des émissions anthropiques. Le reste, soit environ 45%, s'accumule dans l'atmosphère.

Ce déséquilibre provoque une augmentation de l'effet de serre et une hausse de la température globale. Résultat : ce dérèglement du cycle du carbone donne lieu à des épisodes climatiques graves et de plus en plus fréquents (vagues de chaleur, sécheresses, fonte des glaces, élévation du niveau de la mer, acidification des océans).

Les boucles de rétroaction préoccupantes

Le réchauffement climatique induit lui-même des modifications du cycle du carbone, créant des boucles de rétroaction qui amplifient le phénomène :

  • Le dégel du pergélisol libère du méthane et du CO₂ stockés depuis des millénaires
  • Les océans plus chauds absorbent moins de CO₂
  • Les sécheresses et incendies réduisent la capacité des forêts à capter du carbone
  • La respiration des sols augmente avec la température, libérant plus de CO₂

Ces rétroactions positives (au sens où elles amplifient le réchauffement) rendent la stabilisation du climat encore plus difficile.

Comprendre pour agir : les enjeux climatiques

Le cycle du carbone au cœur du climat

Le cycle du carbone constitue un élément essentiel du changement climatique en cours. La concentration de CO₂ dans l'atmosphère détermine directement l'intensité de l'effet de serre et donc la température moyenne de la planète.

Maîtriser nos émissions de carbone et protéger les puits naturels (forêts, océans, sols) sont les deux leviers fondamentaux de l'atténuation du changement climatique.

Les solutions à l'échelle individuelle et collective

À l'échelle individuelle, réduire notre empreinte carbone passe par :

  • La réduction de notre consommation d'énergies fossiles (transport, chauffage)
  • L'adoption d'une alimentation moins carnée (l'élevage est une source importante de méthane)
  • La limitation de notre consommation globale (textile, électronique, etc.)
  • Le soutien aux projets de reforestation et de préservation des écosystèmes

À l'échelle collective et politique, les enjeux sont :

  • La décarbonation rapide de notre système énergétique (renouvelables)
  • La protection et la restauration des forêts et zones humides
  • Le développement de l'agriculture régénératrice et de l'agroforesterie
  • La recherche sur les technologies de capture et de séquestration du carbone

Le cycle du carbone en résumé

Le cycle du carbone est un mécanisme naturel complexe qui régule depuis des millions d'années la composition de l'atmosphère terrestre et le climat. Ce cycle fait circuler le carbone entre quatre réservoirs (atmosphère, biosphère, hydrosphère, lithosphère) selon des processus naturels équilibrés (photosynthèse, respiration, dissolution océanique).

Depuis l'ère industrielle, les activités humaines perturbent profondément ce cycle en libérant massivement du carbone fossile et en réduisant la capacité des puits naturels. Cette perturbation induit une augmentation de l'effet de serre et un réchauffement climatique aux conséquences multiples et graves.

Comprendre le cycle du carbone permet de saisir pourquoi la réduction des émissions et la protection des écosystèmes sont indispensables pour stabiliser le climat. Chaque tonne de CO₂ émise aujourd'hui restera dans l'atmosphère pendant des siècles, influençant le climat des générations futures.

Face à ce constat, l'urgence climatique n'est pas une formule abstraite : c'est une réalité scientifique directement liée au fonctionnement perturbé du cycle du carbone. Agir maintenant pour restaurer l'équilibre de ce cycle est l'un des défis majeurs de notre époque.


Pour aller plus loin :

Sources scientifiques :


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