La couche d'ozone constitue l'un des mécanismes de protection les plus vitaux de notre planète. Cette fine couche gazeuse située dans la stratosphère filtre les rayonnements ultraviolets dangereux et rend possible la vie sur Terre. Découverte dans les années 1910 par les physiciens français Charles Fabry et Henri Buisson, elle a fait l'objet d'une mobilisation mondiale sans précédent lorsque son appauvrissement a été constaté dans les années 1980. Aujourd'hui, grâce au protocole de Montréal, la reconstitution de la couche d'ozone représente l'un des plus grands succès de la coopération environnementale internationale.
Qu'est-ce que la couche d'ozone ?
Définition et localisation
La couche d'ozone désigne une concentration élevée d'ozone (O₃) située dans la stratosphère, entre 15 et 35 kilomètres d'altitude, avec un maximum de concentration autour de 20 à 25 kilomètres. Cette couche représente environ 90 % de l'ozone présent dans l'atmosphère terrestre.
L'ozone stratosphérique ne doit pas être confondu avec l'ozone troposphérique, présent dans la basse atmosphère et constituant un polluant nocif pour la santé humaine et les écosystèmes. Dans la stratosphère, au contraire, l'ozone joue un rôle protecteur essentiel.
Formation de l'ozone stratosphérique
La formation de l'ozone dans la stratosphère résulte d'un processus photochimique continu, découvert par le physicien britannique Sydney Chapman dans les années 1930. Ce mécanisme, appelé cycle de Chapman, se déroule en plusieurs étapes.
Aux altitudes supérieures à 30 kilomètres, le rayonnement solaire ultraviolet possède une énergie suffisante pour dissocier les molécules de dioxygène (O₂). Cette photolyse libère des atomes d'oxygène libres selon la réaction :
O₂ + UV (λ moins de 242 nm) → O + O
Ces atomes d'oxygène, instables et hautement réactifs, se combinent ensuite avec d'autres molécules de dioxygène pour former de l'ozone :
O + O₂ + M → O₃ + M
Dans cette équation, M représente une molécule tierce (généralement N₂ ou O₂) qui absorbe l'excès d'énergie de la réaction et assure sa stabilité.
Simultanément, l'ozone se décompose naturellement sous l'effet du rayonnement UV et par réaction avec les atomes d'oxygène, établissant un équilibre dynamique entre production et destruction. Cet équilibre naturel maintient une concentration d'ozone relativement stable dans la stratosphère, sauf perturbation par des facteurs externes.
Le rôle protecteur de la couche d'ozone
Filtrage des rayons ultraviolets
La fonction première de la couche d'ozone consiste à absorber la majeure partie du rayonnement ultraviolet solaire, en particulier les UV-B (longueurs d'onde comprises entre 280 et 320 nanomètres) et la totalité des UV-C (longueurs d'onde inférieures à 280 nm), les plus dangereux pour les organismes vivants.
Lorsque les molécules d'ozone absorbent ces rayons UV, elles se décomposent selon la réaction :
O₃ + UV → O₂ + O
Cette absorption convertit l'énergie lumineuse en chaleur, contribuant ainsi au réchauffement de la stratosphère et créant l'inversion thermique qui caractérise cette couche atmosphérique. Sans ce phénomène, la structure de l'atmosphère serait profondément différente.
En filtrant environ 97 à 99 % des UV-B et la totalité des UV-C, la couche d'ozone protège efficacement la biosphère. Seule une fraction des UV-A, moins énergétiques, atteint la surface terrestre.
Conséquences d'une diminution de la protection UV
L'affaiblissement de la couche d'ozone entraîne une augmentation du rayonnement UV-B atteignant la surface, avec des conséquences multiples pour la santé humaine et les écosystèmes.
Pour l'homme, l'exposition accrue aux UV-B augmente significativement les risques de cancers de la peau, notamment les mélanomes malins. Les UV-B provoquent également des lésions oculaires, en particulier les cataractes, et affaiblissent le système immunitaire en altérant les cellules de défense présentes dans la peau.
Les écosystèmes terrestres et aquatiques sont également vulnérables. Les UV-B endommagent l'ADN des cellules végétales, réduisant la productivité agricole et forestière. Dans les océans, le phytoplancton, base de la chaîne alimentaire marine et principal producteur d'oxygène, subit des dommages importants qui se répercutent sur l'ensemble de la biodiversité marine. Les UV-B perturbent également le processus de photosynthèse chez de nombreuses espèces végétales.
Le trou dans la couche d'ozone
Découverte et mécanisme de formation
En 1985, des scientifiques britanniques de la British Antarctic Survey, dirigés par Joe Farman, Jonathan Shanklin et Brian Gardiner, publient dans la revue Nature une découverte alarmante : une diminution spectaculaire de la concentration d'ozone au-dessus de l'Antarctique pendant le printemps austral. Cette zone d'appauvrissement sévère, communément appelée "trou dans la couche d'ozone", révèle une perte de plus de 50 % de l'ozone stratosphérique.
Bien que le terme "trou" soit trompeur — il s'agit plutôt d'un amincissement important — il reflète la gravité du phénomène. Les mesures satellitaires confirment rapidement l'ampleur de cette déplétion, qui s'étend sur plusieurs millions de kilomètres carrés.
Le mécanisme de formation du trou d'ozone résulte d'une combinaison de facteurs chimiques et météorologiques spécifiques aux régions polaires. Durant l'hiver austral, les températures extrêmement basses de la stratosphère polaire (inférieures à -78 °C) favorisent la formation de nuages stratosphériques polaires, constitués de cristaux de glace.
Ces cristaux servent de support à des réactions chimiques hétérogènes qui convertissent des composés chlorés et bromés relativement inertes en formes actives hautement réactives. Lorsque le soleil réapparaît au printemps, le rayonnement UV déclenche la libération massive d'atomes de chlore et de brome qui détruisent catalytiquement l'ozone.
Un seul atome de chlore peut détruire jusqu'à cent mille molécules d'ozone avant d'être désactivé, selon un cycle catalytique découvert par les chimistes Mario Molina et Frank Sherwood Rowland, travaux qui leur vaudront le prix Nobel de chimie en 1995.
Les chlorofluorocarbures (CFC) : principaux responsables
Les chlorofluorocarbures, ou CFC, représentent la principale classe de substances responsables de la destruction de l'ozone stratosphérique. Ces composés synthétiques, inventés dans les années 1930, ont été massivement utilisés comme fluides réfrigérants, propulseurs d'aérosols, agents gonflants pour mousses et solvants industriels.
Les CFC présentent des propriétés remarquables : non toxiques, ininflammables, chimiquement stables et économiques à produire. Ces qualités ont conduit à leur adoption généralisée dans de nombreuses applications industrielles et domestiques, notamment les réfrigérateurs, climatiseurs et bombes aérosols.
Paradoxalement, c'est précisément leur stabilité chimique qui les rend si dangereux pour la couche d'ozone. Dans la troposphère, les CFC ne se dégradent pratiquement pas. Ils s'accumulent dans l'atmosphère et migrent lentement vers la stratosphère, où le rayonnement UV intense finit par briser leurs liaisons moléculaires, libérant des atomes de chlore.
Les principaux CFC responsables de la déplétion de l'ozone incluent le CFC-11 (trichlorofluorométhane), le CFC-12 (dichlorodifluorométhane) et le CFC-113 (trichlorotrifluoroéthane). D'autres substances, comme les halons (utilisés dans les extincteurs), le tétrachlorure de carbone et le méthyle chloroforme, contribuent également à la destruction de l'ozone.
La durée de vie atmosphérique de ces substances varie de plusieurs décennies à plus d'un siècle, ce qui signifie que les émissions passées continueront d'affecter la couche d'ozone pendant de nombreuses années, même après l'arrêt complet de leur production.
Le protocole de Montréal : un succès environnemental historique
Adoption et objectifs
Face à la menace croissante pesant sur la couche d'ozone, la communauté internationale réagit avec une rapidité et une détermination remarquables. Le protocole de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche d'ozone est signé le 16 septembre 1987 par 24 pays et la Communauté économique européenne.
Ce traité international impose l'élimination progressive de la production et de la consommation de substances appauvrissant la couche d'ozone, à commencer par les CFC. Les objectifs initiaux prévoient une réduction de 50 % de la production de CFC d'ici 1999 par rapport aux niveaux de 1986.
Le protocole établit des calendriers différenciés entre pays développés et pays en développement, reconnaissant le principe de responsabilités communes mais différenciées. Un Fonds multilatéral, créé en 1990, finance l'assistance technique et financière aux pays en développement pour faciliter leur transition vers des technologies alternatives.
Renforcements successifs
Constatant que les mesures initiales s'avéraient insuffisantes face à l'ampleur de la déplétion observée, les États parties adoptent plusieurs amendements renforçant progressivement le protocole.
L'amendement de Londres (1990) accélère le calendrier d'élimination des CFC, avec un arrêt complet prévu pour 2000 dans les pays développés, et étend le contrôle à d'autres substances comme les halons et le tétrachlorure de carbone.
L'amendement de Copenhague (1992) avance l'échéance d'élimination des CFC à 1996 et ajoute les hydrochlorofluorocarbures (HCFC), substances de transition moins nocives pour l'ozone mais néanmoins préjudiciables.
Les amendements ultérieurs de Montréal (1997), Pékin (1999), Kigali (2016) continuent de renforcer les contrôles et d'étendre la couverture à de nouvelles substances. L'amendement de Kigali, entré en vigueur en 2019, représente une étape majeure en incluant les hydrofluorocarbures (HFC), qui ne détruisent pas l'ozone mais constituent de puissants gaz à effet de serre.
Résultats et efficacité
Le protocole de Montréal est aujourd'hui reconnu comme le traité environnemental le plus réussi de l'histoire. Il bénéficie d'une ratification universelle : 198 États parties, un record unique pour un accord environnemental multilatéral.
Les résultats concrets démontrent son efficacité. À ce jour, le protocole a permis d'éliminer progressivement plus de 99 % de la production et de la consommation de substances appauvrissant la couche d'ozone depuis 1987. Les CFC sont définitivement supprimés, sauf dans le milieu médical où leur usage demeure indispensable en très faibles quantités.
Cette élimination quasi-totale a évité des conséquences catastrophiques. Selon les estimations scientifiques, sans le protocole de Montréal, la concentration de substances appauvrissant l'ozone aurait été multipliée par dix d'ici 2050, avec un effondrement de la couche d'ozone conduisant à une augmentation massive des cancers de la peau et des dommages écosystémiques irréversibles.
Le protocole génère également des co-bénéfices climatiques significatifs. L'élimination des CFC et des HCFC, qui sont également de puissants gaz à effet de serre, a évité l'émission de plusieurs dizaines de milliards de tonnes d'équivalent CO₂, contribuant ainsi indirectement à l'atténuation du changement climatique.
État de la reconstitution de la couche d'ozone en 2025-2026
Données scientifiques récentes
Les observations scientifiques confirment que la couche d'ozone est en voie de reconstitution progressive. Les données publiées par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) le 16 septembre 2025 démontrent que sur une grande partie du globe, la couverture totale d'ozone stratosphérique était meilleure en 2024 que les années précédentes.
Le trou d'ozone antarctique, qui apparaît chaque année au printemps austral (septembre à novembre), affiche une réduction notable de sa superficie et de sa profondeur. En 2024, le trou était plus petit que les années précédentes, signalant une amélioration continue.
Les mesures satellitaires et les observations au sol montrent une augmentation graduelle des concentrations d'ozone dans la stratosphère, reflétant la diminution progressive des concentrations de chlore et de brome actifs. Ces tendances positives valident l'efficacité des mesures prises dans le cadre du protocole de Montréal.
Projections de reconstitution complète
Si les politiques actuelles restent en vigueur, les modèles scientifiques prévoient que la couche d'ozone retrouvera les niveaux observés en 1980, avant l'apparition du trou, selon un calendrier différencié par région.
Pour l'Antarctique, où la déplétion a été la plus sévère, la reconstitution complète devrait intervenir vers 2066. Cette échéance tardive s'explique par les conditions météorologiques extrêmes des régions polaires, qui continuent de favoriser les réactions de destruction de l'ozone, et par la longue durée de vie atmosphérique des substances déjà émises.
Au-dessus de l'Arctique, où le trou d'ozone est moins prononcé et moins persistant, la reconstitution est attendue vers 2045. Pour le reste du monde, incluant les latitudes moyennes et les zones tropicales, le retour aux valeurs de 1980 devrait survenir dès 2040.
Ces projections demeurent conditionnées au respect strict du protocole de Montréal et de ses amendements. Toute reprise des émissions de substances appauvrissant l'ozone compromettrait sérieusement ces perspectives.
Défis persistants et vigilance nécessaire
Malgré ces progrès encourageants, plusieurs défis subsistent et exigent une vigilance continue. Des émissions illégales de CFC-11 ont été détectées en 2018, probablement originaires d'Asie de l'Est, rappelant la nécessité d'une surveillance et d'une application strictes des réglementations internationales.
Les banques de substances appauvrissant l'ozone, contenues dans des équipements anciens encore en service (réfrigérateurs, climatiseurs, mousses isolantes), représentent une menace potentielle. Leur destruction contrôlée et la récupération des fluides lors du démantèlement constituent des priorités.
Par ailleurs, certaines substances de remplacement des CFC, notamment les HFC, bien qu'inoffensives pour la couche d'ozone, contribuent puissamment à l'effet de serre. L'amendement de Kigali adresse cette problématique, mais sa mise en œuvre complète nécessite des efforts soutenus et le développement de technologies alternatives véritablement durables.
Le lien entre protection de la couche d'ozone et atténuation du changement climatique se renforce. Certains gaz à effet de serre, comme le protoxyde d'azote (N₂O), deviennent progressivement la principale menace pour l'ozone stratosphérique à mesure que les substances halogénées diminuent. Une approche intégrée des politiques environnementales s'impose pour traiter simultanément ces enjeux interconnectés.
La prochaine évaluation scientifique majeure de l'état de la couche d'ozone est prévue en 2026, et fournira des données actualisées sur l'évolution de la reconstitution et les défis émergents.
Liens avec le changement climatique
Interactions complexes
Les relations entre la couche d'ozone et le système climatique révèlent une complexité croissante, avec des interactions bidirectionnelles entre déplétion de l'ozone et réchauffement climatique.
Les substances appauvrissant l'ozone, en particulier les CFC, sont également de puissants gaz à effet de serre, avec un potentiel de réchauffement global pouvant atteindre plusieurs milliers de fois celui du dioxyde de carbone. Leur élimination a donc généré un double bénéfice : protection de la couche d'ozone et atténuation du forçage radiatif anthropique.
Inversement, le changement climatique affecte la dynamique stratosphérique. L'augmentation des concentrations de gaz à effet de serre réchauffe la troposphère mais refroidit la stratosphère, un phénomène contre-intuitif mais bien documenté. Ce refroidissement stratosphérique pourrait modifier les processus de destruction et de formation de l'ozone, avec des conséquences encore incertaines sur la reconstitution de la couche d'ozone.
Les modifications de la circulation atmosphérique induites par le changement climatique influencent également la distribution de l'ozone. Les variations de température et de dynamique peuvent affecter le transport vertical et horizontal de l'ozone, modifiant sa concentration dans différentes régions.
Co-bénéfices des politiques intégrées
L'expérience du protocole de Montréal offre des leçons précieuses pour la gouvernance climatique. En éliminant les CFC et les HCFC, ce traité a évité l'émission de dizaines de milliards de tonnes d'équivalent CO₂, représentant une contribution climatique majeure, bien que non intentionnelle à l'origine.
L'amendement de Kigali renforce cette synergie en ciblant les HFC, démontrant qu'une approche intégrée peut simultanément protéger la couche d'ozone et atténuer le changement climatique. Les nouvelles technologies de réfrigération et de climatisation à faible impact climatique et sans danger pour l'ozone illustrent le potentiel d'innovation induit par des politiques ambitieuses.
L'approche scientifique rigoureuse qui sous-tend le protocole de Montréal, basée sur des évaluations régulières, des mécanismes d'ajustement flexibles et un principe de précaution, constitue un modèle transposable à d'autres défis environnementaux globaux, incluant la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité.
Conclusion
La couche d'ozone représente un bouclier vital pour la vie sur Terre, filtrant les rayonnements ultraviolets dangereux et rendant possible l'épanouissement de la biosphère. Sa dégradation massive dans les années 1980, causée par les émissions de CFC et d'autres substances halogénées, constituait une menace existentielle pour les écosystèmes et la santé humaine.
La réponse internationale à cette crise, incarnée par le protocole de Montréal, démontre qu'une action collective déterminée, fondée sur des bases scientifiques solides et soutenue par une volonté politique forte, peut inverser des tendances environnementales alarmantes. L'élimination de plus de 99 % des substances appauvrissant l'ozone et la reconstitution progressive de la couche d'ozone constituent un succès sans précédent de la coopération environnementale multilatérale.
Toutefois, la vigilance demeure indispensable. Le processus de reconstitution s'étendra sur plusieurs décennies, et des défis persistent, notamment les émissions illégales, la gestion des banques de substances réglementées et les interactions complexes avec le changement climatique. La prochaine évaluation scientifique en 2026 apportera un éclairage crucial sur l'évolution de la situation.
L'histoire de la couche d'ozone rappelle que les activités humaines peuvent profondément perturber les équilibres planétaires, mais aussi que des solutions existent lorsque science, diplomatie et industrie convergent vers un objectif commun. Ce précédent inspire l'espoir que d'autres défis environnementaux majeurs, tels que le dérèglement climatique et l'érosion de la biodiversité, peuvent également être relevés par une mobilisation mondiale résolue et coordonnée.
Sources :
- La couche d'ozone et son rôle – Institut Pierre-Simon Laplace
- Couche d'ozone — Wikipédia
- Appauvrissement de l'ozone stratosphérique - notre-environnement
- La reconstitution de la couche d'ozone se confirme - OMM - Citepa
- Protocole de Montréal : accord pour la protection de la couche d'ozone - Novethic
- La protection de la couche d'ozone, un succès de la coopération internationale | ONU Info
- Réparer la couche d'ozone : comment le monde s'est uni pour venir à son secours



