Biodiversité marine : richesse et menaces des océans

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Les océans ne sont pas un décor. Ce sont des systèmes vivants dont dépendent le climat, l'alimentation et la santé de la planète entière. Chaque espèce marine disparue, chaque récif blanchi, chaque zone humide littorale bétonnée affaiblit un réseau d'interdépendances construit en centaines de millions d'années. La biodiversité marine est un capital que l'humanité dilapide sans même en connaître l'inventaire complet. La protéger n'est pas un choix — c'est une condition de survie.

L'inventaire incomplet des océans : combien de vie ?

Les océans couvrent 71 % de la planète et contiennent environ 250 000 espèces marines documentées. Mais c'est une fraction d'une fraction : les estimations scientifiques suggèrent qu'il existerait entre 2 et 5 millions d'espèces marines en réalité, dont les trois quarts seraient encore inconnues de la science. Pourquoi cette disproportion ? Parce que les zones profondes (plus de 200 mètres) sont extrêmement peu étudiées — les profondeurs abyssales restent plus inexplorées que la surface de la Lune.

Cette ignorance scientifique a une conséquence directe : nous détruisons probablement des espèces sans même savoir qu'elles existaient. Chaque décennie, environ 500 nouvelles espèces marines sont découvertes. Simultanément, les écologistes estiment que plusieurs centaines d'espèces disparaissent chaque année, souvent sans documentation.

Les groupes taxonomiques majeurs de la vie marine incluent : les poissons (33 000 espèces connues), les mollusques (100 000 espèces), les crustacés (67 000 espèces), les cnidaires dont les coraux (11 000 espèces), les échinodermes (7 000 espèces — étoiles de mer, oursins), et les mammifères marins (environ 120 espèces). Mais aussi des millions de protozoaires, bactéries et archées marins qui forment l'épine dorsale des cycles biogéochimiques océaniques.

Structure écologique : qui mange qui et comment vivent les océans ?

La biodiversité marine s'organise en réseaux trophiques complexes. À la base : le plancton — le phytoplancton (algues microscopiques) qui effectue la photosynthèse et produit environ 70 % de l'oxygène de la planète, et le zooplancton (petits animaux) qui se nourrit du phytoplancton. Ces organismes microscopiques, de quelques micromètres, supportent des chaînes alimentaires qui montent jusqu'aux baleines et aux humains.

Les récifs coralliens sont les points chauds de la biodiversité marine : bien qu'ils occupent moins de 0,2 % de l'océan, ils hébergent environ 25 % de toute la vie marine connue. Chaque corail dur est une colonie d'animaux minuscules qui vivent en symbiose avec des algues (zooxanthelles). Cette relation symbiotique est extrêmement fragile : si la température dépasse le seuil de tolérance, les coraux expulsent leurs algues et meurent en quelques mois.

Les forêts de kelp — ces algues géantes des eaux froides qui peuvent grandir à 50 centimètres par jour — hébergent leurs propres écosystèmes. Elles sont le refuge de loutres marines, d'oursins, de poissons de zone tempérée. Les zones humides côtières (mangroves, herbiers marins, marais salants) servent de nurseries à des espèces commerciales majeures.

Les menaces majeures : le syndrome de la pression multiple

La biodiversité marine fait face à un assemblage de menaces qui agissent simultanément, amplifiant mutuellement leurs effets.

Surpêche

La surpêche est peut-être la menace la plus visible et la plus directe. Environ 90 milliards de tonnes de poissons et invertébrés marins sont prélevés chaque année. Cela équivaut à supprimer sélectivement du système les plus gros prédateurs — les thons, les requins, les poissons démersaux. Cette suppression cascade dans l'écosystème : sans prédateurs, les populations de proies explosent, puis s'effondrent par faute de nourriture. Les stocks de cabillaud, de morue franche et de beaucoup d'espèces commerciales ont chuté de 60 à 90 % depuis les années 1970.

La pêche au chalut de fond — qui rase littéralement le plancher océanique — détruit les habitats non-reproductibles en quelques heures. Les écosystèmes de coraux profonds, qui ont mis des milliers d'années à se développer, disparaissent en une saison de pêche.

Pollution plastique

Environ 8 à 12 millions de tonnes de plastique entrent dans les océans chaque année. Ce plastique se fragmente en microplastiques qui pénètrent dans les chaînes alimentaires. Les poissons, les mollusques, les crustacés ingèrent ce plastique, ce qui les étrangle (physiquement), les empoisonne (les additifs plastiques sont toxiques) ou bloque leur système digestif.

Les grands vortex de plastique — comme le Great Pacific Garbage Patch — accumulent des centaines de milliards de microplastiques en suspension. Les microplastiques ont été retrouvés dans le sang humain et dans les tissus de pratiquement toutes les créatures marines.

Acidification des océans

L'acidification des océans, due au CO2 anthropogénique, menace directement les organismes à coquille ou squelette calcaire. Les coraux, les mollusques, les échinodermes et le plancton calcaire souffrent d'une réduction de la disponibilité en carbonate de calcium. C'est une menace plus lente mais tout aussi inexorable que la surpêche.

Réchauffement des eaux

Le réchauffement de l'océan (environ 0,13 °C par décennie) force les espèces à se déplacer vers des eaux plus froides, souvent vers les pôles ou les profondeurs. Certaines espèces ne peuvent pas migrer assez rapidement. Les coraux tropicaux sont particulièrement vulnérables : même un réchauffement de 1 à 2 °C au-dessus de leur température optimale les tue (blanchissement). Depuis 1998, quatre événements massifs de blanchiment mondial ont été documentés, le plus récent en 2024.

Destruction des habitats côtiers

L'expansion urbaine et l'artificialisation des sols détruisent les zones côtières : les mangroves, qui protègent les côtes des tempêtes et servent de nurseries, disparaissent à raison de 1 % par an. Les herbiers marins sont bétonnés ou dégradés par la pollution agricole.

Pollution chimique

Les pesticides, les engrais, les métaux lourds et les polluants organiques persistants s'accumulent dans les océans. L'eutrophisation — le résultat du ruissellement agricole riche en azote et phosphore — crée des zones mortes où l'oxygène s'épuise. La Mer Noire, le golfe du Mexique et la baie de Chesapeake sont des exemples classiques de zones mortes côtières qui peuvent s'étendre sur des milliers de kilomètres carrés.

Les limites planétaires et la biodiversité marine

La biodiversité est elle-même une limite planétaire. Selon l'évaluation de 2023, l'humanité a franchi la limite tolérée de perte de biodiversité génétique (la variabilité génétique au sein des espèces est tombée trop bas). La biodiversité marine est le thermostat : elle indique l'état de santé écologique global de la planète. Une diminution de 70 % de la biomasse de vertébrés marins depuis 1970 signale un système en profonde détresse.

Solutions et protection

L'éventail des solutions inclut : la création d'aires marines protégées (zones où la pêche est interdite ou très régulée), la restauration des habitats côtiers, la réduction de la pollution, la transition vers une pêche durable et sélective, et bien sûr, l'atténuation du changement climatique.

Les aires marines protégées strictes (no-take zones) se sont révélées extraordinairement efficaces : les populations de poissons s'y rétablissent en 5-10 ans, dépassant souvent les stocks pré-surpêche. La restauration des mangroves et des herbiers marins crée aussi des retours directs : davantage de nurseries = plus de poissons = plus de pêche durable à long terme.

L'innovation technologique y participe aussi : les chaluts plus sélectifs, les appâts-leurres qui réduisent la prise accidentelle de tortues ou de cétacés, et les systèmes de traçabilité (blockchain) qui permettent aux consommateurs de savoir d'où vient leur poisson.

Conclusion

La biodiversité marine est le cœur battant de la biosphère. Les océans ne sont pas simplement une source de nourriture et de loisirs — ils régulent le climat, produisent l'oxygène que nous respirons, et hébergent une part extraordinaire de la vie terrestre. La perte de biodiversité marine, que nous infligeons par la surpêche, la pollution et le réchauffement climatique, se répercute sur chaque atome d'oxygène que nous respirons. Protéger la biodiversité marine n'est donc pas une question morale abstraite — c'est une condition de survie for l'humanité elle-même.

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